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Full text of "Un colloque du patriarche Jean avec l’émir des Agaréens"

**• Si 1 *-*?" 



. UN 

COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN 

AVEC L'ÉMIR DES AGARÉEKS 

BT 

FAITS DIVERS DES ANNÉES 712 À 716 

D'APBIS LI MS. DC BaiTISH MCUUM AOD. I7193 

AVEC UN APPENDICE 

SUR LE PATRIARCHE JEAN I», 

SUR UN COLLOQUE D'UN PATRIARCHE AVEC LE CHEF DES MAGES 
ET SUR UN DIPLÔME QUI AURAIT B*TB DONNE 

PAR OMAR À LÉVÊQUE DU TOUR 'ABDIN, 
PAR M. F. NAU. 



I 

LE COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN ET DAMROU (9 MAI 639). 
FAITS DIVERS DES ANNÉES 712 A 716, 

DUraiS LI ■AHG9CIIT DO BSITUB HUSIDI ÂDD. 17193. , 

INTRODUCTION. 

1. Le colloque : 1. Manuscrit; interlocuteurs, date. — 2 a 4. Les cir- 
constances : i expansion arabe; Amrou, ses colloques arec l'empe- 
reur Constantin en 638 et avec le patriarche copte Benjamin 
en 663. — 5 a 6. Analyse du colloque du 9 mai 639 (18 de 
l'hégire); but poursuivi. — 7 à 10. Les conséquences : la puis- 
sance des chrétiens dissidents, à cause de leurs griefr contre 
l'empire grec, est mise au service des musulmans. Ceui-ei ne 
tardent pas d'ailleurs à veier et à persécuter leurs afljés et à leur 
-, montrer qu'ils ont mai agi. — II. Sommtùrt dt* finit 



»• . ■ 15 



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1 



M<* MARS-AVRIL 1015. 

1. Un manuscrit syriaque du Brilish Muséum (1) , terminé le 
mardi 17 août 876, renferme une «lettre de Mar Jean, pa- 
triarche (jacobite) , au sujet du colloque qu'il eut avec l'émir des 
Agaréens » , le dimanche g mai. Les noms propres contenus dans 
la lettre, un passage parallèle de la Chronique de Michel le Sy- 
rien (2) , l'histoire générale et la chronologie, nous permettent de 
dire qu'il s'agit d'un colloque «du patriarche jacobite Jean I (s) 

M Add. y ma. 17193. — C'est an volume de mélanges intitulé «Volume de 
démonstrations, de collection» et de leUres». Les extraits sont en général très 
courts, vu qu'il y a 1 a5 sujets différents sur 99 feuillets. Les seuls sujets histo- 
riques sont ceux que nous éditons et le catalogue suivant des «rois des 
Taiyavéa» : Mahomet vint sur la terre (hégire) fan 93a d* Alexandre, fils de 
Philippe le Macédonien (6ai); or il régna sept ans (t 7 juin 63a?). Après lui, 
Abou-Bekr régna deux ans (t as août 634). Après lui, Omar régna douxe ans, 
(t 3 novembre 644?). Après lui, Othman régna douxe ans (t 17 juin 656) et 
ils furent sans chef, dans la guerre de Sala (Siffin), cinq ans et demi. Après 
cela, Moawiah régna vingt ans (t avril 660). Après lui Yexid fils de Moawiah 
régna trois ans et demi (t 11 nov. 683). Après Yéxid, ils furent une année 
sans chef. Après lui, 'Abdôlmelek régna vingt et un ans (t 8 oct 705). Après 
lui, son fils Walid commença à régner Tan 1017 au commencement du 
premier Tichri (oct. 705). Voir le texte dans Usa, Aneciotm Syriaca, H, 
Leyde, 1868, p. 1 1, et les dates (d'après Weil), Ibid., I* 4i-4a. On notera que 
Jacques d'Édesse (éd. Brooks) attribue aussi sept ans à Mahomet, de 6a t à 
6a8. 

M Nous citons plus bas (p. a34) ta traduction de ce passage. 

w Les patriarches jacobites du non} de Jean antérieurs à notre manuscrit 
sont : Jean 1^635 au i4 dée. 648; Jean H, 744 à oct 754; Jean III, 846 
à 873. Le texte de Michel cité plus loin dans l'introduction nous montre qu'il 
s'agit du premier. D'ailleurs' le catalogue des «rois des Taiyayéa» s'arrête à 
Walid (705 à 715), cf. «mpta, note 1, et les faits historiques que nous allons 
éditer, et qui suivent immédiatement la lettre de Jean, vont de 719 à 716. 
semble donc que la compilation a été constituée à cette époque (ce qui ex- 
clut Jean II et 111). Enfin les évêques mentionnés à la fin sont nommés par 
Michel autour de l'année 63o, surtout Aitilaha qui a un nom plan rarement 
employé ( cf. imjrm t p. a63 ) , tandis qu'on ne les trouve pas sous Jean II eV&fc Voir 
en particulier les listes d'évêques jacobites dans la Chronique de Michel ou la 
Bêvuê «W rOrûnt chrétien, t IV (1899), p. 6A7 a 45i et A95 1 5oo. L'accord 
des chaJeédoniena avec les jacobites montre encore que le colloque a dû avoir 
lieu lors des premières défaites des Grecs éhakédoniens, cf. ta/ru, p. a63, 
note 1. Voir à l'appendice une notiee sur Jean I, w/ra, p. 968. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE «A». — FAITS DIVERS. 287 

avec l'émir Amrou (1) , dans une ville de Syrie w , le dimanche 
9 mai 639^(18 de rhëgire)». 

Le patriarche, convoqué par l'émir, est venu le trouver en 
compagnie de cinq évéques, de chrétiens notables et de fidèles 
nombreux; quelques jours après le colloque, il en a écrit un 
compte rendu (4} qu'il a envoyé aux chrétiens de Mésopotamie 
pour les tenir au courant, les rassurer et leur demander «de 
prier pour l'illustre émir, afin que Dieu lui donne la sagesse 
et l'éclairé sur ce qui plaît au Seigneur». C'est ce compte 

O Ce nom demande une discussion. H est fourni par Michel le Syrien, 11, A3i. 
Michel raconte en quatre ligne», d'après une première source abrégée, que 
» Amrou, fils de Sa'd» , émir des Tsiyayé, défendit que les croix parnssrnt hnn 
des églises; il ajoute ensuite sur * Amrou» et le patriarche Jean le récit que 
nous rapportons plus loin dans fïntroduetion (p. «34). Cette source de Michel 
semble ainsi identifier les deux Amrou, comme Bar Hénreeus fa compris 
aussi, Ckrwu ted., I, 975, lorsqu'il a transcrit Michel. Une antre source très 
développée, écrite par Michel sur colonne parallèle, mentionne la peste bubo- 
nique(io&, II, 43i, coL 1 et 43s, eoL 1) et ensuite finterdietion des croix à 
Emèse et Damas par «Amrou» (cité, t»/*, p. «7$). Nous savons qu'Obéïda, 
gouverneur de Syrie» mourut durant la peste susmentionnée, et eut pour 
successeur Amrou ben el 'As, il nous parait donc certain que c'est à celui-ci 
qu'il faut attribuer le cofloque et peut-être aussi, en dépit de Ftmt des sources 
de Michel, l'interdiction des croix, car la première source n'est qu'un court 
résumé (peut-être de la seeoode), et le seconde, qui donne la rédaction déve- 
loppée, ne particularise pas Amrou. D'ailleurs Michel ne mentionne nulle part 
Amrou «ben el 'As». Lorsqu'il devait le faire, II, 45o, i roceasion de la ten- 
tative d'assassinat dont il a été l'objet en Egypte, il le nomme Sald, nom qui 
permute souvent avec Sa'd, cf. Au*, or., I, 5oi, ce qui nous donne une 
raison de plus pour supposer que. «fils de Sa'd» est mis plus haut pour «fib 
de 'As». 

w Cest indiqué psr la présence des trois tribus arabes qui habitaient «à 
l'occident de fEuphrate». C& ta/r», p. *6i, noie 3. 

W Sous Jean I, le 9 mai tombe un dimanche en 633, 639, 644. La date 
de 644 est mvraisembiable, car Amrou, qui était entré i Alexandrie en déc 
643 {Pktr. or., I, 4g4), devait employer les années suivantes à conquérir la 
Pentapole. La date 9 mai 633 nous parait trop hâtive, car les Arabes est* 
traient seulement en Syrie, et Amrou, qui assiégeait Gasa avec 7,000 hommes, 
n'avait aucune qualité pour convoquer le patriarche, puisque Abou*Obéïda hn 
était supérieur (celui-ci commandait 37,000 hommes, cf. Lissas, BUttirt dm 
fou Ewtmirty LVIil, 19). Il reste donc le 9 mai 689. 

W Âdà\ t 7 i93,foL 73-75. 



228 MARS-AVBIL 1915. 

rendu, transcrit sur le manuscrit où il était oublié depuis 
Tannée 87 h, que nous nous proposons de faire connaître; 
mais nous voulons d'abord le placer dans son cadre, en consa- 
crant quatre pages à l'invasion arabe, à ses causes, à ses con- 
séquences, ainsi qu'à la personnalité d'Amrou, pour mieux 
comprendre ensuite les sentiments et les mobiles des deux 
illustres interlocuteurs. 

2. L'Arabie, «terre de sécheresse et de misère » (li , a connu 
des siècles de prospérité , lorsque le commerce de l'Inde avec 
la Syrie et l'Occident transitait par ses ports du golfe Persique 
et de la mer Rouge; mais, du vi* au vu* siècle, les ravages des 
Perses en Sjrie et jusqu'en Egypte, combinés avec ceux des 
Vandales et des Goths en Occident, avaient arrêté les transac- 
tions, et les Arabes, à l'abri de leurs digues de sable, s'étaient 
multipliés dans la malpropreté et la misère, et n'attendaient 
qu'un prétexte pour déborder et prendre la place de nations 
plus fortunées et moins denses. 

Le prétexte a pris le nom de panislamisme (2) . Ce nom corres- 
pond à uu sentiment mal déGni d'abord, qui était, à l'origine, 
économique et politique autant que religieux. Le Bédouin 
famélique s'en servait pour se procurer des terres fertiles (3) et 
des pensions (4) , mais il respectait, à l'origine, la liberté reli- 

< 1} H. Lamheis, Mélangée de la Faculté orientale de Beyrout, I, 1906, p. 5y, 
qui cite le Kitab al Agdni, XIV, i56, 16. 

(,) Ce mot désigne pour nous «l'obligation religieuse d'aller imposer l'Islam 
par la force à toutes les nations». 

W Dans certains cas, on confisquait la moitié des terres lorsque le» popula- 
tions ne voulaient pas embrasser l'Islam. Cf. L'expaneion neetorienne en Asie, 
p. a3o-s34 : d'autres fois, on prenait le tout, et on se le partageait en nature ou 
on imposait un fermage aux anciens propriétaires, cf. G. Salmom , Introduction 
topograpkique à l'histoire de Bagdad, Paris, 190a, p. iD-19. 

{4) Vers 684 (65 de l'bégire), sur le seul territoire d'Émèse (Homs), 
90,000 Yéménites, formant avec leurs familles une agglomération de plus de 
100,000 personnes, étaient pensionnés. (H. Lavmiss, loc. cil., 1, 9.) Voir le 
taux des pensions dans Noël Desvergers, L'Arabie, Paris, 18^7, p. a38. 



ON COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 259 

gieuse « des hommes du livre » et même des Arabes, chrétiens 
— qu'il s'agisse des Arabes nestoriens de l'Oman, du Qatar et 
de Hira , ou des Arabes jacobites de la Mésopotamie et de la 
Syrie : — il lui suffisait d'établir entre eux un lien politique 
plus ou moins lâche. Lorsque le lien s'est vite resserré, lors- 
que les Arabes chrétiens ont été amenés, par indifférence, par 
lassitude, par contrainte, à changer de religion, ils montrent 
longtemps encore qu'ils ont moins suivi l'Islam que «la 
grande idée arabe » : celle de ce l'hégémonie de leur race que ce 
dernier abritait maintenant de sa bannière triomphante » W. 
A l'exemple des Tamimites qui répondaient à Mahomet lui- 
même : «Seule les tribus de brigands t'ont reconnu »(*, les 
Syriens nouveaux convertis n'entendaient pas céder le pas aux 
musulmans de la première heure, aux «pouilleux» du Hidjaz, 
à tous ces Bédouins, mangeurs de lézards et de gerboises, qui 
ne portaient à leur arrivée en Syrie qu'une méchante tunique 
ne descendant même pas aux genoux (3) . Leur panislamisme 
n'était en somme que le panarabisme, ou «l'Arabie par-dessus 
tout». 

3. Cette machine de guerre, qui unifiait les volontés et les 
convoitises de millions d'hommes, ne devait rencontrer devant 
elle qu'un empire grec épuisé par de longues guerres, vidé 

<» H. La ««os, Mélangée, etc., I, 53. 

« H. Uaaias, Ibid., III, 1908, p. «87. 

(s ' Voir les références citées psr H. La» ras, loc. cit., I, 53 et 56-57. Ajou- 
tons l'histoire suivante de Miche), Ckrmiqut, II, 4s 1, un peu écourtée par 
Bar Hébraeus, Ckrtm. *yr. t éd. Bedjan, p. 101, et qui nous montre sous quel 
jour les envahisseurs arabes se sont présentés aux Perses. Ceux-ci envoyèrent 
un homme de Hirta pour espionner les Arabes ; «il vit un ma'déen qui, accroupi , 
urinait, mangeait du pain et neUcyait sa chemise (en tuant les insectes). Il 
lui dit : Que fais- tu T Le ma'déen répondit : Comme tu le vois, je fais entrer 
du nouveau, j'expulse l'ancien et je tue les ennemis.» Et l'homme <^ Hirta 
alla dire aux Perses : «J'ai vu un) .peuple nu- pieds, mal habillé, mais très 
courageux.» 



230 MARS-AVRIL 1915. 

au point de livrer ses provinces et ses armées a des merce- 
naires étrangers, divisé par un impérialisme intolérant, qui 
avait persécuté, au nom d'un dogme d'État, des millions de 
chrétiens dissidents et de Juifs. Son agonie fut courte ; les 
Arabes, venus par le désert de Syrie, prirent Bosra en 634, 
Damas en 635, Saroug, Séleucie-Ctésiphon et Jérusalem 
en 637 (1) , Antioche et les villes du littoral en 638. A cette 
date, avant de terminer en 639 la conquête de la Mésopo- 
tamie où les Jacobites étaient tout-puissants, il est naturel 
qu'Amrou ait convoqué leur patriarche pour tenter de s'en 
faire un allié. Amrou était d'ailleurs l'homme des colloques : 
«Eloquent, rompu au maniement des grandes affaires, habile 
à dénouer les situations les plus délicates r> M , la conférence 
d'Adroh lui a laissé encore le renom du diplomate «le plus 
roué et le moins scrupuleux de son temps» (3) . Il avait déjà 
été chargé de deux missions en Abyssinie pour réclamer les 
transfuges w . Nous connaissons, de plus, deux autres de ses 
colloques qui encadrent le nôtre : l'un avec l'empereur Con- 
stantin en 638, l'autre avec le patriarche copte-jacobite 
Benjamin en 643. Avec Constantin <5) , Amrou remployé la 
manière brutale : comme l'empereur lui demandait quel 
droit les Arabes prétendaient avoir à la possession de la 
Syrie : «Le droit que Confère le Créateur a, répondit Amrou. 
«La terre appartient à Dieu; il la donne pour héritage à qui 
il lui plaît de ses serviteurs, et c'est le succès des armes 

(,) Nous prénom les quelque* dites précédentes dans K. Krumbacher, Byz. 
Lttteratur, Munich, 1897, p. 950. Voir la suite des événement» dans CI. Huart , 
Histoire de* Arabe» , t 1, ch. -ix-x. 

w H. La» «tus, loc. cit., H, 1907, p. a a. 

« Idem,**., p. ià. 

W Cf. le Koran, trid. Satait, Paris, Garnier, p. 1 5, 16 et 66. —Amrou 
avait attaqué aussi en 699 les chrétiens de l'Oman , cf. J. Périb«, Vie d'Al 
Hadjdjadj, Paris, 1906, p. aM. 

W Ltiiic, Hittoiredu bas Empire, ]. LVIH, ch. 56. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 231 

qui manifeste sa volonté». Cette théorie, d'après laquelle le 
désir du succès suffit pour justifier l'invasion d'un pays con- 
voité, est très ancienne, comme on le voit. A est intéres- 
sant de la noter sous la forme moitié brutale, moitié mystique 
qu'elle prend , l'an 1 7 de l'hégire , dans la bouche d'un ancien 
chamelier teinté d'islamisme. 

4. Cinq ans plus tard, dans son colloque avec le patriarche 
Jacobite égyptien Benjamin (1) , Amrou se montre onctueux. Les 
Jacobites de son armée, en particulier le duc Sanutius, lui ont 
raconté les persécutions des Grecs contre les Jacobites; il sait 
en particulier que leur patriarche Benjamin, chassé d'Aleian- 
drie, erre depuis treize ans dans les monastères de la Haute 
Egypte, et il conçoit le dessein de s'en faire un allié. Il lui 
adresse aussitôt un sauf-conduit, puis, lorsqu'il le voit venir, 
il s'écrie : «Vraiment, dans tous les pays dont nous avons pris 
possession jusqu'ici, je n'ai jamais vu un homme de Dieu 
comme celui-là». «Car Benjamin, dit l'historien, avait belle 
prestance; il était éloquent et il discourait avec calme et 
dignité.» Ensuite Amrou se tourna vers lui et lui dit : 
«Reprends le gouvernement de toutes tes églises et de ton 
peuple, et administre leurs affaires, et, si tu veux prier pour 
moi qui vais aller vers l'Ouest et la Peniapole , pour en prendre 
possession comme du reste de l'Egypte , et si je reviens après 
un prompt succès , je te donnerai tout ce que tu me deman- 
deras n ( s >. Et l'historien ajoute que Benjamin pria pour *Amr 

") /ter. orMftteJu, L I, p. 496-698. 

(,} La chronologie de YHùtoire de* patrimreke$ d'Alexandrie est sans doute 
exacte. Les Arabes entrent en Egypte dorant Tannée 357 de Dioctétien 
(99 août 660 à 661), se signalent le 6 juin 661, prennent le Caire en 
mars 669 , reçoivent pendant un an on tribut du patriarche melkite d* Alexan- 
drie, prennent enfin Alexandrie en décembre 663 , et vont ensuite conquérir la 
•Pentapoie, cf. Artr. orùntmlu, 1, 699-695. — La conquête de l'Afrique fut 
poursuivie par le successeur d'Amrou, jusqu'à la bataille de Iacooba où le 



232 MARS-AVRIL 1915. 

et qu'il prononça un éloquent discours dont 'Amr et tous les 
assistants furent émerveillés. Nous ne connaissons pas , cette 
fois, le contenu du discours, nous ne savons pas si Benjamin a 
loué la piété d'Amrou, le néo-mystique ,. ni s'il a engagé les 
siens à lui ouvrir les villes; mais l'historien continue encore : 
« Et tout ce que le bienheureux père disait à l'émir 'Amr, 61s de 
'As, il leiaisait, et il n'en omettait pas une lettre »; et Michel 
le Syrien, écrivain jacobite, consigne gravement dans sa chro- 
nique : «A propos du pays d'Egypte, nous avons trouvé dans 
des histoires que Benjamin, patriarche des orthodoxes ( Jaco- 
bites), avait livré l'Egypte aux Taiyayé. » C'est une exagération, 
mais il est du moins certain que la diplomatie onctueuse 
d'Amrou n'a pas été vaine. 

5. Nous en arrivons maintenant au colloque intermédiaire 
de l'an 18 de l'hégire (9 mai 639) On en trouvera plus loin 
le texte et la traduction, il nous suffit d'indiquer ici les prin- 
cipales questions qui furent posées : « L'illustre général émir 
demanda si c'est un seul et même Evangile, sans aucune dif- 
férence, qui est tenu par tous ceux qui sont chrétiens et qui 
portent ce nom par le monde . . . Pourquoi, puisque l'Evangile 
est un, la foi est-elle différente?. . . Qu'est-ce que le Christ? 
Est-il Dieu ou non?. . . Lorsque le Christ, que les chrétiens 
disent être Dieu, était dans le sein de Marie, qui portait et 
gouvernait le ciel et la terre?. . . Quelles étaient l'opinion et 
la foi d'Abraham et de Moïse?. . . Pourquoi n'ont-ils pas écrit 
avec clarté et n'ont-ils pas fait connaître ce qui concerne le 
Christ? 7) — La discussion devient donc scripturaire , et l'auteur 
continue : «Lorsque l'émir entendit tout cela, il demanda 

patrice Grégoire fut tué par Abdallah Ebn Zobaïr. A noter que ce dernier 
prononça, à cette occasion, l'axiome : trTout homme poilu est un poltron». 
Cf. E. QcATBiaàai, dans le Journal tuiat., t IX, avril î83», p. 997-398, cité 
par Noël DisuaGias, L'Arabie, p. a53. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 233 

seulement de lui démontrer, par le raisonnement et par le 
seul Pentateuque, que le Christ est Dieu et qu'il est né de la 
Vierge et que Dieu a un fils, » Jean cite et montre les textes 
grec et syriaque de la Bible, l'émir prend même l'avis d'un 
Juif qui était présent , pour savoir si le texte hébreu leur était 
conforme. Le Juif répondit : «Je ne le sais pas avec exacti- 
tude», et «l'illustre général émir» le savait sans doute beau- 
coup moins encore, aussi il se hâta de porter la discussion sur 
la casuistique législative qu'il connaissait mieux que le grec et 
le syriaque : « L'émir en arriva de là à interroger au sujet des 
lois des chrétiens; quelles i*t comment sont-elles; si elles sont 
dans l'Évangile ou non? Il ajouta : Si un homme meurt et 
laisse des garçons ou des filles, et une femme et une mère 
et une sœur et un cousin , comment convient-il de leur parta- 
ger l'héritage?» Après la réponse du patriarche, il clôtura le 
colloque par : «Je vous demande de faire une chose de trois: 
ou de me montrer que vos lois sont écrites dans l'Evangile, 
et de vous conduire par elles M, ou d'adhérer à la loi musul- 
mane, ri Le patriarche s'efforça de montrer que les chrétiens 
peuvent avoir d'autres livres que l'Evangile, mais cette pré- 
tention d'Amrou de ramener les chrétiens à un livre unique, 
l'Évangile, nous prépare au dilemme en vertu duquel, sur 
lavis d'Omar, il aurait brûlé quelques années plus tard la 
bibliothèque d'Alexandrie, pour tout ramener à un livre 
unique : le Koran. 

Pour montrer l'importance de ce colloque, rappelons encore 
que le patriarche avait été convoqué , qu'il était venu avec 
cinq évéqués et des notables, qu'il «y avait là, réunis en foule, 
non seulement les nobles des Agaréens, mais les chefs et les 
gouverneurs des villes et des peuples fidèles et amis du Christ : 
les Tanoukaîés, les Tou'aïé et les 'Aqoulaïé». Ces trois der- 

(l > Cf. le Koran ,' aonrtUe r, 5o, 5i: «Les chrétiens seront jugés d'aprèt 
' T Évangile.'» 



2S4 MARS-AVRIL 1915. 

niers noms désignent les trois principales tribus arabes qui 
étaient jacobites (1) . L'auteur avertit encore que l'émir avait 
convoqué en même temps certains des principaux tenants du 
concile de Chalcédoine, et il conclut par : «Nous mandons à 
Votre Charité ces quelques mots des nombreuses cboses qui 
furent agitées en ce moment, afin que vous priiez sans cesse 
pour nous avec zèle et soin , et que vous suppliiez le Seigneur 
afin que, dans ses miséricordes, il visite son église et son 
peuple, et que le Christ donne à cette affaire l'issue qui plaît à 
sa volonté , qu'il aide son église et qu'il console son peuple. — 
Même ceux du concile de Cbalcédoine, comme nous l'avons dit 
plus haut, priaient pour le bienheureux patriarche, parce qu'il 
avait parlé pour tout l'ensemble des chrétiens et qu'il ne leur 
avait pas porté préjudice. Ils envoyaient constamment près de 
lui et ils demandaint ainsi à sa bonté de parler pour tout l'en- 
semble (des chrétiens) et de ne rien soulever contre eux; car ils 
connaissaient leur faiblesse, et la grandeur du danger et du 
péril qui menaçait, si Dieu, selon ses miséricordes, ne visitait 
pas son église. » 

Ce colloque eut d'ailleurs un lendemain qui nous est 
raconté par Michel le Syrien : 

Amrou écrivit à notre patriarche Jean. Quand celui-ci entra près de 
lui , Amrou commença par dire des paroles insolites et contraires aux 
Ecritures, et il se mit à lui poser des questions difficiles. Le patriarche 
les résolut toutes par des exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Tes- 
tament et par des arguments naturels. En voyant son courage et l'éten- 
due de sa science, Amrou fut dans l'étonnement. Alors il donna cet 
ordre : » Traduis-moi votre évangile dans la langue sarrasine, c'est-à- 
dire des Taiyayé. Seulement tu ne parleras ni.de la divinité du Christ, 
ni du baptême ni de la croix.* — Le bienheureux, fortifié par le Sei- 
gneur, répondit : <r A Dieu ne plaise que je retranche on seul yod ou 
un seul point de l'Évangileralors même que tous les traits et toutes 
les lances qui sont dans ton camp me transperceraient*. Voyant qu'il ne 

W Cf. tn/ra, p. 961 , note 3. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 235 

pouvait le convaincre, Amroa lai dit : «Va, écri» comme ta vou- 
dras. » 

Le patriarche réunit les évéqoes et fit venir des Tanoukaïés, des 
Aqoolaïés et des Ton aies < qui connaissaient les langues arabe et syria- 
que, et il lenr commanda de traduire l'Évangile en langue arabe. Il avait 
ordonné que chaque sentence qu'ils traduisaient passât soos les yeux de 
tous les interprètes. C'est ainsi que l'Évangile fut traduit et présenté au 
roi*. (Chronique, II, 43 i-63a.) 

6. Tel fut le colloque de Tan 18. Amrou, au courant des 
dissensions qui déchiraient les chrétiens, avait conçu le projet 
de les rattacher en bloc — au moins les chrétiens jacobites — 
à l'islamisme. Il n accepte que les textes du Pentateuque (1) ; 
c'est en effet le livre le plus utilisé dans le Koran {2) . Il ra- 
mène les principales difficultés à trois : que le Christ est Dieu ; 
que Dieu est né de la Vierge et que Dieu a un fils. Il pou- 
vait en effet citer de nombreux versets du Koran contre ces 
assertions (*). Mais il n'avait pas prévu que la discussion se 
continuerait sur les textes grec et syriaque du Pentateuque , et 
c'est sans doute pour cela qu'il y a mis fin bientôt. Quelques 
jours plus tard, il a voulu obtenir du moins un évangile 
arabe qui ne serait pas contraire au Koran et lui permettrait 



i" 



(,) A prdpos des livres reçus chef les Musulmans, notons qu'il fêtaient au 

, 6, ta, 18, »& du mois de Ramadan la descente du ciel des livres 
d'Abraham, de Moyse, de David, de l'Évangile et du Koran; voir notre édition 
«Des fêtes des Musulmans et de leurs jours remarquables», dans la Revu* à» 
rOrimUckrétùn, X. XY11 (191s), p. 98-99. 

O Sour., v, 65, &8, 5o, 70, 79, 110; vu, i56, 168, 169; lu, 6; etc. 

'W Cf. sour. v, 19, 76, 77, 79; ?i, too, toi; m, 91, 91, g3; xun, 81; 
uni, 59, etc. «Ceux qui disent que Dieu c'est le Messie, fiis de Marie, sont 

des infidèles Si Dieu avait un fils, je serais le premier i l'adorer. . . Peu 

s'en faut que les deux ne se fendent i ces mots, que la terre ne s'en trouve, et 
que les montagnes ne s'écroulent de ce qu'ils attribuent un fils an Miséricor- 
dieux ...» ; cf. sour*, 1x111 , o3 : «Dieu n'a point de fils». La Trinité est 
aussi niée explicitement : «Ne dites pas quH y a une Trinité en Dieu. est 
uni , sour. , îv, 1 69. 11 est vrai que la Trinité de Mahomet semble se 
poser du Père, de Marie et du Fils; cf. sour., iv, 169; v, 1 16. 



236 MARS-AVRIL 1915. 

de rallier en bloc tous les Arabes chrétiens. C'est sans doute 
pour cela qu'il avait déjà commencé par demander si c'était un 
seul et même évangile quf était tenu par tous les chrétiens, 
car, s'il y en avait eu plusieurs, il aurait choisi le plus avan- 
tageux, ou du moins il aurait pris ce prétexte pour en deman- 
der un de plus. Il lui suffisait qu'il n'y eût pas trace i° de la 
divinité du Christ, déjà combattue dans la conférence; a° du 
baptême, qu'il voulait sans doute remplacer par l'initiation 
musulmane; 3° de la croix et du crucifiement, qui est en effet 
contraire au Koran {I) . 

Amrou a dû voir qu'en insistant davantage, il n'aboutirait 
qu'à couronner des martyrs et à se créer des ennemis, — 
Omar semble être intervenu en faveur des chrétiens, — aussi 
semble-t-il avoir recouru dès lors à la politique onctueuse que 
nous l'avons vu pratiquer, quatre ans plus tard, envers le 
patriarche égyptien Benjamin : promettre son appui, rendre 
quelques églises, autoriser les processions (a) , et demander les 
secours des prières, des sympathies et des fidèles jacobites , 
quitte à reprendre plus tard en détail ce qu'il avait dû concé- 
der en bloc. 

C'est à développer ces conséquences de la conférence que 
nous voulons consacrer la lin de cette introduction, en don- 

(> ) Sour., iy, i56 : trlls ne l'ont point crucifié ; un homme qui lui ressem- 
blait fut mis a sa place.» D'après l'Évangile musulman attribué à Barnabe, 
c'est Judas qui fut crucifié en place du Christ Lorsque cet évangile fut signalé, 
les savants, pour qui l'imperfection est une preuve d'antiquité, y voyaient le 
christianisme des judéo-chrétiens, antérieur i celui de nos évangiles. (Cest 
le même poelulat qui fait placer deux mauvaises versions syriaques de mauvais 
manuscrits grecs avant la Pescbitto.) Depuis l'édition de l'Évangile de Barnabe 
par L. Ries, Tke Goepel af Barnabe*, Oxford, 1907, M. James place sa 
composition au xvi' siècle. Cf. Journal oftkeclog. étudie* , L IX, avril 1908, 
p. 458-659. — Cest probablement notre Amrou benel 'As qui a défendu de porter 
les croix en dehors des églises. (Michel, Ckrontque, II, 43s, col. 1), bien qu'un , 
abréviateur ait mis Amrou bar Sa'd, Ibid., à 3 1, col. 3. Cf. infra, p. «73, note 1. 

W Cf. Appendice, 3*, p. 377-378. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 237 

nanl une esquisse de la puissance des chrétiens arabes au 
début de l'hégire, des services qu'ils ont rendus à l'Islam et 
de ce qui leur en est advenu. Nous en concluerons que les 
patriarches chrétiens ont eu tort de prêter leur appui à un 
panislamisme qui était en apparence cultivé , modéré et mys- 
tique , mais en réalité brutal et barbare. 

7. Les Chrétiens encerclaient l'Arabie. Les Nestoriens 
avaient des évéchés à Nedjran, à Sana, capitale du Yémen, à 
Socotora, l'île de faioès, à Sohar, capitale de l'Oman, nom- 
mée alors Mazoun, à Khota, à Qatar, à Hagar, dans les îles 
de Deirin, de Tharon et de Mashmahiq, à Bassora, à Hira, à 
Damas, à Bosra (1) ; les Jacobites, qui avaient été puissants au 
Yémen, revendiquaient encore toutes les tribus arabes du 
nord, depuis Damas jusqu'au Tigre. De plus, le désert était 
sillonné de moines et de pèlerins qui se rendaient — même 
par troupes de 700 et de 800 personnes — à Jérusalem et 
au Sinaï (2) ; les romans et les histoires vantaient le prosély- 
tisme chez les Arabes, le commerce avec l'Inde mobilisait de 
nombreuses caravanes; la vie érémitique avait une telle vogue 
qu'il n'y avait pour ainsi dire pas de désert et de montagne 
sans solitaire, on peut donc dire que les Arabes polythéistes ne 
formaient en Arabie qu'un espèce d'îlot sillonné en tout sens 
par les chrétiens. Ces polythéistes, nommés Sarrasins par les 
auteurs grecs du vi' au vu* siècle, ont d'ailleurs moins d'im- 
portance à leurs yeux que les Peaux Rouges d'Amérique n'en 
ont aujourd'hui aux nôtres. Ce sont des barbares ignorants, 
pasteurs et chasseurs , en général inoffensifs f3) . U leur arrive 

(') Nous avons développé ce sujet et identifié les noms peu connus dans 
L'expansion nestorienne en Asie , Bibliothèque de vulgarisation du Musée Gui- 
met, t. XL, Chalon-sur-Saône, 191a, p. so5-sn. 

O Ibid., p. si A, note 9. 

W Voir en particulier Les récits du moine Anastase sur les Pères dm Snmm, 
trad. du grec par F. Nao, Paris, 190a. 



238 MARS-AVRIL 1915. 

aussi d'entrer sur le sentier de la guerre, surtout lorsque la 
faim ou l'espoir du pillage les y pousse, mais on se prémunit 
contre cet accident en entourant le monastère d'un mur solide 
percé d'une seule ouverture à quatre ou cinq mètres du sol. Le 
visiteur qui montre patte blanche est introduit à l'aide d'une 
corbeille, vénérable ancêtre de nos ascenseurs (1) . Les chré- 
tiens ont commencé par doter ces barbares d'un alphabet et 
de l'écriture (vi e au vif siècle) (2) . Ils leur créaient en même 
temps des traditions en rattachant La Mecque, son puits et! les 
tribus des environs, à Agar et à son fils Ismaël (3) , comme ils 
ont rattaché plus tard les souverains mongols du Tangout aux 
trois rois mages, et comme ils ont montré dans le Turkestan 

') Il en est ainsi au Sinaï et à Scété. 

W On ne peut prouver, croyons-nous, que les Arabes aient écrit quelques 
ouvrages, pas même des pièces de vers, avant d'avoir converti des «hommes du 
livre» , puisque la poésie aotéislamique elle-même n'a été consignée par écrit 
qu'un siècle après l'hégire: cf. Cl. Hcabt, Journ. aiiat., x' série, t IV (1906), 
p. 1&9-1&5. Nous ne méconnaissons pas ce que les Arabes ont h\t pitu tard 
pour les lettres et les sciences. 

« Cf. iNoélDisviBGiBS, VArabiê, Paris, Didot, 1867, p. ia-i3, 98-99. 
(/est à la Merque que range a fait jaillir la source Zenuem pour étancher la 
soif d' Agar et de son fils Ismaël. Celui-ci s'est marié et a fait souche dans les 
environs. Abraham a bâti la Caaba. Le père L. Cheikho a publié dans le 
Maekriq (Beyrouth, 1913-1 4), sur «Christianisme et littérature avant l'islam t», 
de nombreux articles que nous n'avons pu utiliser. Bar Hébraeus écrit, Ckron. 
eccl., II, ji6, que la ville de Yatreb on Médine qu'il ponctue Médian 
(^•fJ? -•♦ »»•£) a pris ce dernier nom du quatrième fils. Médian , qu'Abraham 
eut de Céthura, cf. Gen., xxv, a. Nous sommes loin de l'étymologie accou- 
tumée méditai al-Nabi «la ville du Prophète». Notre document ne donne aux 
Musulmans que le nom d'Agaréens (makgroi*, participe aphel formé de 
Ilagar, pour marquer Tétât) ; les mois correspondants chex les Grecs sont 
'Ayopivoi, Jean Damascène, éd. Le Quien, I, 110; et avec un m initial, 
ftetyaftajtàp qui équivaut à «islamisme*; #A0tv ô MovxjxpiS *ifptfr7w» to» 
ftayapt<xft69 «Mahomet (Mouchameth) vint prêchant le magarisme (devenir 
agaréen)». Cf. Théodore Abucara dans les oeuvres de Jean Damascène, I, 670. 
On trouva le plus souvent 2app***voi rapporté, à tort ou à raison, à Sara, et 
parfois «is^naélitea». Tous ce» noms rattachent directement les M usulmans aux 
^traditions judéo-chrétienne». 



m COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 239 

la montagne sur laquelle l'arche de Noé s'était arrêtée (I) . Le 
rôle du moine chrétien Sergius l'éprouvé (Bahira) près de 
Mahomet est non seulement vraisemblable mais nécessaire^, 
à cela près que les auteurs musulmans, ici comme ailleurs, 
ont pris une épithète syriaque pour un nom propre ®. Les bio- 
graphes de Mahomet racontent ses luttes avec les païens et les 
juifs, mais ne rapportent pas qu'il ait été en guerre avec les 
tribus chrétiennes; ils citent au contraire deux diplômes qu'il 
a accordés aux chrétiens d'Adrok et d'Aila , il a même donné 
son manteau à ceux de cette dernière ville. Lorsque nous lisons 
que Mahomet a permis aux gens du Nedjran de rester chré- 
tiens, nous supposons que cette faveur a dû aussi être mise 
par écrit, et les Nestoriens produisent en effet un diplôme 
vraisemblable, dans le préambule duquel on fait dire à Maho- 
met que les Arabes païens ou juifs ont combattu le peuple de 



(t) Cf. L'expansion neutorienne en A$ie, loc. ai., p. «76-977. 

(î > Nous avons rais longuement en relief la personnalité de Sergius l'éprouvé 
(Bahira), dans l'Expansion ne$torienne en A$ie, loc cit., p. si3-ss3. Les 
savants allemands ont voulu reconstituer le rôle de Sergius à l'aide de* écri- 
vains arabes, qui sont des sources secondaires puisqu'ils ont pris réptthète pour 
un nom propre. Ces sources secondaires et tendancielles font de l'histoire de 
"Bahira» une sorte de «fantasmagorie», cf. Cl. Huait, dans Jour*. aeiaL, 
\° série, t. IV (1906), p. 197. Cest chez les Grecs (et les Svriem) q«'U faut 
chercher ce que pouvait être Sergius. 

s) L'épi thète Jw~> ( Bahira = éprouvé) est très usitée en syriaque, par 
exemple dans la seule vie de Jean le Petit, Revue de l'Orient chrétien, t XVII 
(njia), p. 35 1 : |t*»J ^ua. •»»... l&a*M ]u-»a U+o Mt IKt*L «asl. . . 
Histoire dm père saint et éprouvé ( Bahira ) et euôlime. . . Mmr Jean le Petit. — 
Ibii., p. 357 : lw»« Uft» Lw? )••» lai ^ «a». Le grand était un même 
ckoiei et éprouvé (Bahira). — ttid., p. 366 : Jw*» lai ,. f — ^Trfta-) 
^ûl uo*r* /' ams« un vieillard grand et éprouvé (Bahira) fui demeurait 
là. etc. — De la même manière : de ce qu'Abraham était d'abord païen (Ifta» =» 
llanfâ}, — son apocalypse raconte même qu'il allait vendre les dieux fabri- 
qués par son père , — on a fait de ce mot «païen?» le nom d'une religion. — 
V Hégire est saus doute aussi l'ère des fils à'Hagnr ( Vxr ".-> ) ou des Agaréens 



240 MARS-AVRIL 1915. 

Dieu et ont discuté sa doctrine, mais que les chrétiens ne l'ont 
jamais fait (,) . 

Cest là qu'il faut chercher la cause des premiers succès des 
Musulmans depuis le sud de l'Egypte jusqu'au fond de la 
Perse (2) . Nous avons vu qu'en 639 Amrou a traité avec les 
chrétiens syriens et qu'ils lui ont rendu le service de traduire 
l'Evangile, prémice de tous les ouvrages et de toutes les scien- 
ces que les Syriens devaient plus tard transmettre à l'Islam. 
L'année suivante (64o), les Arabes franchirent l'Euphrate; 
les Edesséniens vinrent traiter avec eux , et leur ouvrirent leur 
ville sans résistance, le primat jacobile d'Orient livra Tagrit (3) , 

W Cf. L'expansion ntttoriewM $n A$i* t loc. eit, p. 9t4-93o. On apporte en 
général trop de rigueur, à notre avis, dans la recherche des sources du Coran. 
Il ne peut s'agir que de sources orales plus ou moins digérées et brassées. 
Toutes les confusions restent donc possibles et même probables. M. G. Huart 
a mis en relief l'influence des anciens poètes arabes qui colportaient et réci- 
taient des poésies, comme nos trouvères les chansons de gestes, Jown. atimt., 
1* série, t IV (ioo4), p. i3o-3 et 165-7. H ** f* at P** négKge* non P*"» I* 5 
conversations familiales de Mahomet. Sur l'introduction postérieore des tradi- 
tions judéo-chrétiennes dans l'Islam, cf. G. Hoabt, J&W., p. 33i*35o. 

<*) La défection, en plein combat, des Benoo-Thenoukh qui semblent être 
les Tanoukaîé jacobites, a sauvé une première fois les Arabes, cf. m/ro, p. s6i, 
note 3. Les Arabes du Sud, auxquels Sergins n'avait pas donné leur solde accou- 
tumée, avaient été les premiers i faire défection et i introduire leurs com- 
patriotes à Gasa, cf. Tbéophane, ad amn. 6s3; c'étaient les transfuges qui 
enseignaient aux nomades l'emploi des machines de guerre, Luiau, Hùtoin 
du bat Empire, lvih, 19. Ce n'est partout que trahison: Romain livrait Boara, 
Ibid.t lviii, 16; Josias livrait Damas, lèid., lviii, s5; un autre livre les gens 
de Tripoli, lviii, 3s; un autre fait perdre la bataille de rYarmouk qui amène 
la défection des Arabes de Ghassan, lbid. t lviii, 46 ; Yukinna (sans doute un 
Arabe, car ce nom n'est autre que l'^jj = Jean) livre de nombreuses villes, 
lbid., lviii, 49 i 54; d'autres se taillent des royaumes, IbitL, lviii, «4; les 
gouverneurs se jalousent et ne se prêtent pas secours, lviii, 35; d'autres 
traitent pour leur compte particulier comme Cyrus pour Alexandrie, lviii, 63 , 
et Jean pour l'OsToène, cf. Tbéophane ad anm. 6a 8. L'empire grec a donc 
succombé sous les coups des siens plutôt que sous les coups des habitants 
del'Hidjax. 

< s > Œ Bab Hmsaics, On», sec/., II, u4-ij6. Cité Ailr. orient., III, 
58 : Vie de llaroula. 



IN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 241 

l'évéque Gabriel fivra le Tour 'Abdin (voir appendice 3*), et 
« l'armée des Romains, dit Michel, se relira avec douleur de 
toutes les villes »<*'. On allait voir bientôt les conversions en 
masse de villes et de peuplades comme les Ghassanidés de 
Syrie et les habitants de toute Ma côte du golfe Persique. Ces 
désertions avec armes et bagages devaient introduire en bloc 
dans l'islamisme les écoles et les monastères, la philosophie et 
la mystique des chrétiens. «Où est le grand peuple des Maxo- 
nites Récrivait, vers Tannée 65o, un patriarche nestorten; où 
est le grand peuple des Mazonites qui s'est précipité dans le 
gouffre de l'apostasie pour le seul amour de la moitié de ses 
biens (3) ? Où sont les sanctuaires de la Karmanie et de tout le 

En Egypte , Jean de Nikiou nous apprend que, dès l'an 64 1 , 
on prétait secours aux Musulmans à cause des persécutions 
d'Héraclius; les habitants du Fayoum s'étaient soumis aux 
Arabes, leur payaient tribut et tuaient tous les soldats romains 
qu'ils rencontraient (5) . Ce mouvement ne put que s'accroître 
après le colloque de Benjamin et d'Amrou en 643, aussi 
Makrizi raconje que 70,000 moines quittèrent le désert et 
vinrent au-devant d'Amrou ibn al c As pour le complimenter^. 

<» Chroniqut, II, p. 4a6. 

W Maxoun était le nom donné en particulier a Sohar, et en général k toute 
la région d'Oman, et H. Lammbss, foc. cit., II, 1907, p, A00-A01, et F.Nab, 
Maromtêê, Mmzoniu» t MmrmiUg, dans la Btvuê de VOrimU chrétien, t IX 
(190a), p. «68-976. 

« D'autre» ont préféré — à ce moment-là — perdre la moitié de leurs 
biens. Voir aussi BiaHisaiioa, Chronique §cel, I, 338: «Les habitanU du pays 
d'AJep (après 798) abandonnèrent leur (oi tous *» wtim» te**fs, et se firent 
Arabes. 7) 

„ W a. Rubens Dotai, ïio'unhb pmtriarekêê ///, Liber <pi»tnUrwn, Paris, 
1905, p. 179 à 189, 19s. 

l *> Chronique de Jean de Nikiou, éd. Zonvasao, dans IVoftct» al sssmfa dm 
mmuscriu, t. XXIY, Paris, i883, p. 559, 56 9-563; et p. 570. 

(') U* cotas*!* dHehrétum, tud. E. Lraor, dans Bnu§ de f Orient ckrmitm, 
t. XI 11 (1908), p. 198-199. . 

»• 16 

■ ■ ..- -..-al 



242 MARS-AVRIL 1915. 

8. Noos condamnons ce concours apporté au panislamisme 
par les patriarches copte et syrien, mais nous ne voulons 
cependant pas dissimuler leurs motifs : ils n'étaient Grecs que 
par droit de conquête; leur gouvernement, au lieu 4e s'appli- 
quer à faire régner la paix entre tous les citoyens, comme 
c'était son devoir, avait fomenté les discordes civiles en se 
faisant l'instrument d'un parti; aussi les Jacobites avaient vu 
confisquer leurs couvents et disperser de force leurs commu- 
nautés (1) . Ils avaient constaté que ce gouvernement, si brutal 
envers les êtres sans défense , était miné par le matérialisme et 
la corruption, puisque, au milieu d'un luxe qui nous a fourni 
l'épithète de «byzantin» et avec un budget jusque-là inouï, il 
n'avait su préparer ni ces armes, ni ces fortifications perma- 
nentes ou volantes, sans lesquelles la bravoure toute seule 
n'est plus qu'imprévoyance et folie. Ils avaient vu leurs pro- 
vinces envahies et ils pouvaient encore se demander si certains 
matérialistes étaient capables d'apprécier les idées de sacrifice 
et de dévouement, et s'ils ne se bornaient pas à les exploiter 
au temps du péril (2) . Aussi on comprend que l'un des leurs ait 
écrit : 

Héradius ne permettait pas aux orthodoxes de se présenter devant lni 
et n'accueillait pas leurs plaintes au sujet du vol de leurs églises. C'est 



W Les Grecs avaient encore commis la faute politique de décapiter et d'é- 
mietler, pour raison confessionnelle, la confédération des Arabes jacobites: 
cf.: Michel, Chronique, II, p. 35o. 

( ') Nous ne savons pas si le gouvernement byzantin était capable de se cor- 
riger, de cesser d'être le représentant d'une seule faction et l'oppresseur du 
reste des Grecs et de donner l'égalité de droits et de traitement i tous les 
sujets de l'Empire, car, trois cents ans plus tard (968), lorsque Nieéphore 
Phoeas eut récupéré la Syrie dévastée et dépeuplée, Û demanda au patriarche 
jacobite Jean Vil de venir y habiter et d'y amener ses coreligionnaires avec rai ; 
il lui promit la liberté religieuse, mais bientôt il manqua à sa p r omes se, fit 
conduire le patriarche jacobite avec quatre évoques à Constantinople et les 
somma, après une discussion de deux mois, d'adhérer au concile de Cbaleé- 
doine. Sur leur'refus, ils furent emprisonnés. Cf. Michsl, Chronique, 111, 1 3i ; 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 343 

pourquoi le Dieu des vengeances, qui est seul tout-puissant, qui change 
l'empire des hommes comme il veut, le donne à quijj vent et y élève 
les plus humbles, voyant la méchanceté des Romains qui, partout où ils 
dominaient, pillaient cruellement nos églises et nos monastères et nous 
condamnaient sans pitié, amena de la région du Sud les fils dlsmaél 
pour nous délivrer par eux des mains des Romains (1) . 

v 

9. Hs ont été délivrés des Romains, mais ils n'ont pa 
moins souffert de la part des panislâmistes. Pour nous borner 
à l'Egypte, nous trouvons que les Musulmans prenaient les 
notables pour otages, les maltraitaient et les mettaient à mort 
pour semer la terreur, car Jean de Nikiou écrit : «Amrou fit 
arrêter les magistrats romains et leur fit attacher les mains 
elles pieds avec des chaînes et des ais de bois, et il exerça 
d'innombrables actes de violence; alors il y eut une panique 
par toutes les villes d'Egypte; les habitants prenaient la fuite 
en abandonnant leurs biens * 2) .» 

Ces départs fournissaient le prétexte cherché pour déména- 
ger les maisons vides, prendre possession des biens abandon- 
nés, mettre le pays en coupe réglée et brûler les villes. Jean 
de Nikiou écrit (3) : « Lorsque les Musulmans, accompagnés de 
renégats, arrivaient dans une ville, ils s'emparaient de tous 
les biens des chrétiens qui s'étaient enfuis . . . , ils obligeaient 
les chrétiens à porter aux Musulmans du fourrage pour leurs 
bétes et à fournir du lait, du miel, des fruits et beaucoup 
d'autres objets en dehors des rations ordinaires . . . Amrou fit 

Bas HiMUtcs, Ckron, *ccL t I, 4is-4i&; Amûuhi, BM. or., II, i33-iâo; 
LiQtiin, Ornas ckrùL, II , 1378 et seq. Ce fut encore pis, cinquante ans plus 
tard ( 1019), toos le règne de Romain, cf. Mican., Chronique III, i4o-i&5, 
167, 166-167. Par contre, Michel loue plusieurs fois la tolérance vdes Francs», 
/ômL, III, 999, 996, 969. 

''> Mican., Ckroniqut, II, ais-ai3, et Bas H unies, Ortm.«x/., I, 973. 

(,) Chronique t dans JVottcM et extrmU ie« wwtuscriU, i. XXIV, Paris, i883, 
p. 56o. 

w /W., p. 56o,569, 577. 

o l6. 



244 MARS-AVRIL 1915. 

détruire les maisons des habitants d'Alexandrie qui avaient 
pris la fuite et il ordonna de brûler la ville des deux fleuves. 
Les habitants, avertis du danger, sauvèrent leurs biens et 
abandonnèrent la ville, et les Musulmans y mirent le feu. » 

Il pouvait même arriver à Amrou d'incendier quelques 
cathédrales, comme Saint-Marc d'Alexandrie (1) , ou quelques 
bibliothèques, comme celle de la même ville (s) . On a voulu 
laver sa mémoire de ce dernier forfait qui n'est pas unique 
dans l'histoire de l'islamisme (3) , mais il n'est pas vraisemblable 
qu'il en ait enlevé Jes livres avant d'y mettre le feu, car cet 
artifice suppose une culture plus raffinée que la sienne. 

Une partie des habitants était emmenée en captivité; les 
autres étaient accablés d'impôts, car Jean de Nikiou écrit (4) : 
«Après avoir vaincu les habitants de la Pentapole, Amrou 
ne les y laissa pas demeurer, mais il enleva de ce pays un 
immense butin et un grand nombre de captifs ... et les Mu- 
sulmans prirent possession de toute l'Egypte, du midi et du 
nord, et ils triplèrent l'impôt. Les habitants arrivèrent à offrir 
leurs enfants en échange des sommes énormes qu'ils avaient 
à payer chaque mois. » Et si l'on se demande comment conci- 
lier les actes d'Amrou avec ses paroles, Jean de Nikiou nous 
apprend en somme qu'il tenait les traités pour des chiffons de 
papier : «Amrou traitait les Égyptiens sans pitié, dit Jean, 
et n'exécutait pas les conventions qui avaient été stipulées avec 
lui, car il était de race barbare (5) . » 

(l > Ptttr. orienialù, 1. 

W Cf. BaiHébraigs, HUtoiredn dyiuutia, trad. Pococke, Oxford, i663, 
p. î iâ. On a trouvé étrange que cet incendie ne soit pas mentionné par les 
contemporains, et on a vu la — non sans raison — un motif pour le révoquer 
en doute. 

{î > C'est ainsi que le» livres de Sévère bar Sakako furent aussi portés au 
bain public (èjffukno») du sultan de Mossoul, cf. Bar Hîiraics, Chron. tcci, 
1, An (en Tannée laii). 

(4) Loc.cit,, p. 569, 577, 578, 585. 

W Loc. cit., p. 578. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 345 

Ce fut encore pis lorsque les renégats, déjà redoutables au 
temps de Jean de Nikiou (l) , entrèrent en scène arec la rage 
qui les caractérise; ils en arrivèrent à former un complot et 
à brûler simultanément la plupart des églises de l'Egypte. 
«A ce moment, écrit Makrisi, les hommes qui faisaient la 
prière du Vendredi sortirent des mosquées et furent témoins 
d'un spectacle effrayant : une poussière épaisse, la fumée de 
l'incendie, le tumulte de la foule qui emportait son butin fai- 
saient songer aux horreurs du jugement dernier (3} . » Le sultan 
voulait punir les coupables, mais les émirs lui démontrèrent 
que «les véritables causes de l'incendie étaient la perversité des 
chrétiens et leurs excès d'impiété dont Dieu (qu'il soit loué!) 
avait voulu les punira». «Un grand nombre de chrétiens fu- 
rent donc mis à mort, et — après diverses péripéties — le sultan -< 
d'Egypte «ordonna de lui amener tous les chrétiens que l'on 
trouverait. Quiconque les arrêterait serait maître de leurs 
biens et de leur vie. . . , de sorte que les chrétiens durent 
s'abstenir de paraître sur la voie publique et qu'un grand 
nombre d'entre eux se firent musulmans » W . 

1 0. Telles ont été les conséquences des colloques d'Amrou 
avec Jean en 639, et avec Benjamin en 643. Les Arabes chré- 
tiens, nombreux et riches, auraient pu servir de rempart, une 
fois de plus, à l'empire grec, et arrêter l'exode des Agaréens* 
que la surpopulation , la misère et l'avidité faisaient sortir des 
sables de i'Hidjaz (5) . Ils étaient la digue naturelle opposée à 

1 

(» Lee. «I., p. 585. 

(*> U» Égtû»» de» chrétien», dans Rêtu» à* l'OrinU ckrétUn, t XII (1907), 

P-197- 

(» Ibii., p. sot. 

» IbicL, p. 908. 

( *> En 1178, par exemple, «un peuple nombreux, preste par la famine, 
s'ébranla et partit de l'Arabie». Mais cette «hégire» ne trouva paa les compfi- 
rités qui avaient fait le succès de la précédente. Cent mille hommes furent tués, 



24« MARS-AVRIL 1915. 

tout mouvement panarabique, qui devait ou échouer, ou évo- 
luer sous leur direction. 

Lorsque les deux patriarches jacobites ont pactisé avec les 
Agaréens, ils ont enlevé cette dernière digue, et le panara- 
bisme, triomphant hors de leur direction, est vite devenu le 
panislamisme. Le Dieu des vengeances qu'ils invoquaient les a 
certainement mis en face des conséquences de leurs compro- 
missions : il leur a montré le sang chrétien répandu par les 
Arabes musulmans depuis la Perse jusqu'aux Pyrénées, et les 
ruines accumulées par les Turcs musulmans depuis leur pays 
d'origine, la Sibérie <»>, jusqu'à l'Inde et jusqu'au Danube. Ils 
ont pu voir, au point de vue chrétien et au point de vue 
patriotique , qu'ils avaient mal agi. Ils devaient laisser à la 
Providence le soin de rendre à chacun son dû, offrir leurs 
souffrances passées en holocauste four leur salut et pour le 
salut de leur peuple, et donner un loyal concours à leur sou- 
verain, par cela seul qu'il était leur souverain et que les Arabes 
pillards étaient d'injustes agresseurs. Et s'ils avaient échoué, 
si leur sacrifice avait été vain, ils auraient eu du moins la 
satisfaction que donne le devoir accompli, et ils auraient pu 
répéter ce que Judas Macchabée disait dans une circonstance 
analogue : // nous vaut mieux mourir dans le combat que voir 
les maux de notre nation. Si notre jour est venu, mourons avec cou- 
rage pour nos frères (2) . 

II. Les faits divers, consignés dans notre manuscrit à la 
suite du colloque, ressemblent aux colophons et ont donc 

et te > autres te noyèrent en foulant repasser i'Euphrate. Miciil, ««miai*, 
111, 076. 

M MiculuStiiu, anmiqu*, III, ,5i-i5 7 , raconte eomment le* Turcs 
ont quitté le sud de U Sibérie, d'abord comme auxiliaires des Perses ou des 
Arabes, et ensuite comme envahisseurs. 

« I Maccli., m, 59; ix, 10. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 347 

chance d'être l'œuvre personnelle du compilateur. Les concor- 
dances des jours de la semaine et des quantièmes du mois 
sont d'ailleurs exactes. Le tremblement de terre du a 8 février 
7i3, raconté ici très longuement, est mentionné en trois 
lignes par Théophane, Agapius et Michel le Syrien. Les autres 
faits semblent personnels à notre auteur : comète le 8 avril 
71 a; peste de 71a à 7i3; peste, sauterelles, ouragan 
(ao mai 71 &); grêle; mort de Walid (février 7*5), avarice 
de Soliman; grêle le 37 avril 715 et le ao avril 716. 

F. Niu. 



348 MARS-AVRIL 1915. 

TBXTB STRIAQUB. 

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ON COLLOQUE DO PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 3*9 

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9*0 • MARS-AVRIL 1915. 

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UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 351 

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252 MARS-AVRIL 1915. 

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UN COLLOQUE DU PATRIABCHE JEAN. — FAITS DIVERS. S53 
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O l£%> en noir et de seconde main; en face en rouge, dans la marge Uk* 
W In marg. 



254 MARS-AVRIL 1915. 

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UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 255 

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256 MARS AVRIL 1915. 

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tta&JL» Jl* IfiLLD la— A) :ooVju.I| 



rent*.--- 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 257 



TRADUCTION. 

Ensuite, lettre de Mar Jean, patriarche, au sujet de f entretien 
qu'il eut avec Vémir des Agaréens ( Mahgroïé (1) ). 

1 . Parce que nous savons que tous êtes dans le souei et la 
crainte à cause de nous, au sujet de l'affaire pour laquelle nous 
avons été appelés en cette région (2) , (avec) notre bienheureux 
père le patriarche (3) , nous faisons savoir à Votre Charité que le 
neuf de ce mois de mai, le jour du saint Dimanche (4) , nous 
sommes entrés chez l'illustre général émir, et ce bienheureux 
père de l'ensemble (des chrétiens) a été interrogé par lui si 
c'est un seul et même évangile sans aucune différence, qui est 
temicpaç tous ceux qui sont chrétiens et qui portent ce nom 
par tout le monde. — Le bienheureux lui répondit qu'il est un 
et le même chez les Grecs, les Romains, les Syriens, les Egyp- 
tiens, les Couschites , les Hindous, les Arméniens, les Perses 
et le reste de tous les peuples et (de toutes) les langues {5) . 

2. Il lui demandait encore : «Pourquoi, puisque l'Evangile 
est un, la foi est-elle différente? v Et le bienheureux répon- 
dit : «De même que la loi (le Pentateuque) est une et la 
même , et qu'elle est acceptée par nous autres chrétiens et par 
vous Àgaréêns (Mahgroïé), et par les juifs et par les samari- 

M «Descendant! d'Agir.» 

M Sans doute U Syrie, voir lnlrod., p. 997. 

< s > LilL : «Avec le bienheureux et honoré de Dieu, père et seigneur et 
patriarche de nous.» 

(*) 9 mai 639, voir Introi., p. 997, note 3. 

W Dans cette énumération, Û n'est pas question des Arabes. Il semble d'ail- 
leurs ressortir de toute la discussion que l'Évangile n'était pas encore traduit 
en leur langue et Ta été pour la première fois en mai-juin 63q (après le 9 mai 
et avant le départ d'Amrou pour l'Egypte). 

v. »7 



258 MARS-AVRIL 1915. 

tains, et chaque peuple est divisé pour la foi; il en est de 
même pour la foi de l'Evangile , chaque hérésie le comprend 
et l'interprète de manière différente , et non comme nous. 

3. Il demandait encore : «Que dites-vous qu'est le Christ; 
qu'il est Dieu ou non?» — Et notre père répondit : «(Nous 
disons) qu'il est Dieu et le Verbe qui est né de Dieu le père, 
éternellement et sans commencement, et qu'à la fin des temps, 
pour le salut des hommes, il s'est incarné et s'est fait homme 
du Saint-Esprit et de la Sainte Vierge, Mère de Dieu, Marie, 
et il fut homme. » 

h. L'illustre émir lui demanda encore ceci : «Lorsque le 
Christ était dans le sein de Marie, Lui que vous dites être 
Dieu, qui portait et gouvernait le ciel et la lerre ?» — Notre 
bienheureux père lui rétorqua le même argument : «Lorsque 
Dieu descendit sur la montagne du Sinaî, et y fut en conversa- 
tion avec Moïse durant quarante jours et quarante nuits (l) , qui 
portait et gouvernait le ciel et la terre? car vous dites que vous 
recevez Moïse et ses écrits (i) . » — L'émir dit : «C'est Dieu qui 
était et qui gouvernait le ciel et la terre. r> — Et aussitôt il 
entendit de noire père : * Il en est de même du Christ Dieu ; 
quand il était dans le sein de la Vierge, il portait et gouver- 

w Exode, xuv, 18. 

W On notera, sans en tirer d'ailleurs de conclusion négative, qu'il n'est 
pas question du Koran, c'est au seul Penlateuque que Ton fait appel. Les 
Musulmans sont bien des «rAgaréens» , descendants et disciple d'Abraham et 
td'Agar». 11 est très intéressant de voir Mieùel le Syrien, Chronique, II, 6o3, 
faire partir l'islamisme du judaïsme : «r Mahomet s'attacha à la croyance des 
Juifs qui lui plaidait ... Il la proposa à ses compatriotes et y gagna quelques- 
uns d'entre eui.» Comme conséquence, il les envoyait piller — par droit 
d'héritage — l'ancien pays des Juifs, la Palestine (Ibid.). Théophane nous 
apprend aussi (an. (ia a) que des Juifs se sont aUachés à Mahomet parce qu'ils 
Je tenaient pour un de Jours prophètes. 



....... ...-.._ : ... - ■ ^ 

Un COLLOQCl DU fklUàKSE JEAN. — FAITS DIVERS. 359 

naît le ciel et la terre et toat ee qui est eu eux, en tant que 
Dieu, tout-poiseaat.» 



5. L*iMitre éamir dit encore : «Quelles étaient l'opinion et 
la foi (fAbrakaam et de Moïse?» — Notre bienheureux père 
dit : «Abrahaaa, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, et le reste des 
prophètes, tous les sages et les justes, avaient et tenaient la 
foi des chrétiens. » — L'émir dit : «Pourquoi dès lors n'ont- 
ils pas écrit avec clarté et n'ont-ils pas fait connaître ce qui 
concerne le Christ? » — Notre bienheureux père répondit : 
«Us le savaient, en tant qu'ils étaient les confidents et les 
familiers (de Dieu), mais — (à cause de) l'enfantillage et de 
la rudesse du peuple d'alors, qui penchait et tendait vers le 
polythéisme, au point de regarder comme dieux des bois, des 
pierres et beaucoup de choses, d'élever des idoles, de les ado- 
rer et de leur offrir des sacrifices, — les saints ne voulaient 
pas donner prétexte aux égarés de s'éloigner du Dieu vivant et 
de suivre l'erreur (1) , mais ils proclamaient avec circonspection 
ce qui est la vérité : Ecoute, Israël, Iç Seigneur Dieu e$t un Sei- 
gneur un (2) , car ils savaient en vérité qu'il n'y a qu'un Dieu 
et une divinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit; aussi Us 
pariaient de manière mystérieuse et Us écrivaient au sujet de 
Dieu que le même est un dans la divinité et (qu'il est) trois 
hypostases et personnes; car il n'y a pas et on ne confesse 
pas trois dieux ou trois divinités, ni en aucune manière des 
dieux* et des divinités, parce qu'il y a une seule divinité du 
Père, du Fils et du Saint-Esprit, comme nous l'avons dit, et 
du Père procèdent le Fils et l'Esprit; et, si vous le voulez, 
je suis prêt et disposé à confirmer tout cela à l'aide des Livres 
saints.» 

<» Même raison dans l'homélie LXX de Sêrère d'Aotioche, p. [3o3]. Pair. 
orient., L XII, p. si. 
M Draf., vi.A. 

•7- 



300 MARS-AVRIL 1913. 

6. Ensuite, lorsque l'émir entendit tout cela, il demanda 
seulement de lui démontrer par le raisonnement et par la Loi 
(Pentateuque) que le Christ est Dieu et qu'il est né de la 
Vierge et que Dieu a un fils. — Et le bienheureux dit que non 
seulement Moïse, mais encore tous les saints prophètes ont 
prophétisé d'avance et ont écrit cela au sujet du Christ. L'un a 
écrit au sujet de sa naissance d'une vierge, un autre qu'il naî- 
trait à Bethléem, un autre (a écrit) au sujet de son baptême; 
tous, pour ainsi dire (ont écrit), au sujet de sa passion salva- 
trice et de sa mort vivifiante et de sa résurrection glorieuse 
du tombeau après trois jours; et il commença à le confirmer 
d'après tous les prophètes et d'après Moïse en même temps (l} . 

Et l'illustre émir n'accepta pas les (paroles) des prophètes, 
mais réclama Moïse pour lui démontrer que le Christ est Dieu; 
et le bienheureux, avec beaucoup d'autres choses, cita ce (pas- 
sage de) Moïse : Le Seigneur fit descendre de devant le Seigneur 
le feu et le soufre *ur Sodome et sur Gomorrhe®. L'illustre émir 
demanda qu'on le lui montrât dans le livre même, et notre père 
le lui fit voir, sans erreur (possible), dans les livres complets 
grecs et syriaques. Certains Agaréens (mahgroïé) étaient pré- 
sents avec nous en cet endroit, et ils virent de leurs propres 
yeux ces passages et le nom glorieux des Seigneurs et du Sei- 
gneur W. L'émir appela un juif qui était et qu'ils réputaient 
un connaisseur de l'Ecriture, et Ù lui demanda s'il en était 



<•> La didascalie de Jacob (Sargis d'Aberga), Patrol. oruntalU, t. VIII, 
p. 711-780 (fasc. 5), est consacrée à fa démonstration de cette thèse. Elle a 
d'ailleurs été écrite vers la même époque (660). 

(, > Gen., xu, s4. Ce texte est commenté de la même manière par Serère 
d'Antioche, toc. cit., p. [3o8]. Le grec porte : Koi xipio* Jtyc&y M Zâiopa 
xai Yôpopfa. &*Jo9 Mai <an7p wopà nvpiov i£ oipapoù. Le syriaque porte : i<w»a 

• A*»»*- *• Lu» Pr* *• Ita-M JA*bao Itaaa* , «aKa y^m <%»» £*•{ 

(,) Gen., m, 18, le syriaque porte le pluriel -•», mais il faut peut-être lire: 
aie nom glorieux du Seigneur et (une seconde foi*) du Seigneur». 



f*fr- 



ON COLLOQUE DD PATRIARCHE JEAN. — FAITS DIVERS. 261 

ainsi textuellement dans la Loi. Et celui-ci répondit : «Je ne le 
sais pas avec exactitude » (1) . 

7. L'émir en arriva de là à interroger au sujet des lois des 
chrétiens; quelles et comment sont-elles; si elles sont dans 
l'Evangile ou non? Il ajouta : Si un homme meurt, et laisse des 
garçons ou des filles, et une femme et une mère et une sosur 
et un cousin, comment convient-il de leur partager l'héri- 
tage (5) ? — Quand notre père eut dit que l'Évangile divin 
enseigne et impose les doctrines célestes et les préceptes vivi- 
fiants; qu'il maudit tous les péchés et tous les maux; qu'il 
enseigne l'excellence et la justice, et que beaucoup de choses 
eurent été citées à ce sujet , — il y avait là réunis en foule 
non seulement les nobles des Agaréens (maghroïé), mais les 
chefs et les gouverneurs des villes et des peuples fidèles et amis 
du Christ , les Tanoukaïé , les Tou'aïé et les 'Aqoulaïé (3) , — 



M Le texte massorétique est traduit mot pour mot dans le grec et le 
syriaque Qt2tfn fD mrP PKB — TBOH mm. Tout eeei semble encore 
indiquer que le Peotateuque n'était pas traduit en arabe, sinon on aurait 
allégué — pour ou contre — cette traduction. 

w Voir imfra, p. »7û-«7i, au sujet du «patriarche Jean sur les héri- 
tages». De très bonne heure les lois romaines ont été compilées en syriaque 
pour régler cette casuistique. M. La»» a édité une de ces compilations d'après 
un manuscrit syriaque du commencement du vi* siècle, Leg*$ ë mêc ulm rt$ , dans 
AnecdoU êyrimca, I, Leyde, 1879, p. n8. — Les collections conservées ont 
été éditées par E. Saciao, Syrisc** RêekMcker, L I et II, Berlin, 1907 
et 1908. — Citons, dans cet ordre d'idées, l'édition récente des lois des 
Musulmans espagnols : Pa rtiti on it Htnmci a a entrt In Mtu n hm m t ua aW rito 
mabqui, par José A. Samciss Pian, Madrid, 1914, in-8*, xti-3i» pages. 

W Ce sont les trois principales tribus dea Arabes chrétiens. Voir leur conver- 
sion et leur éloge dans la vie (fAhoudemmeh, Pmtr. orient,, 111, si -33. Les 
'Aqoulaîé, «c'est-à-dire les gens de Bagdad, passèrent de Harran à Mabboug et 
à Hemath», écrit Michel, Caroaâfua, II, 445. Les trois tribus semblent être 
<rè roecidentde l'Euphrate» ( /6W., II, 466-467 >. La tribu chrétienne la plus 
puissante semble avoir été celle des Taglibiles qui s'étendaient depuia l'Oman 
et les bords du Tigre jusque vers la vattée de FOronte et la Damascène : on 
disait en matière de proverbe : «Sans rapparition de l'Islam, TagKb aurait 



262 MARS-AVRIL 1915. 

l'illustre émir dit : «Je vous demande de faire une chose de 
trois : ou de me montrer que vos lois sont écrites dans l'Evan- 
gile, et de vous conduire par elles, ou d'adhérer à la loi mu- 
sulmane (Mahgrâ).* Et lorsque notre père eut répondu que 
nous avons dés lois, nous autres chrétiens, qui sont justes et 
droites, qui concordent avec l'enseignement et les préceptes 
de l'Évangile et les canons des apôtres et les lois de l'Eglise, 
la réunion de ce premier jour fut dissoute là-dessus, et nous 
n'arrivâmes plus jusqu'ici à paraître devant lui. 

8. (L'émir) avait fait venir aussi certains des principaux 
tenants du concile de Chalcédoine, et tous ceux qui étaient 
présents, orthodoxes ou chalcédoniens', priaient pour la vie et 
la conservation du bienheureux patriarche; ils louaient et ils 
exaltaient Dieu qui avait donné abondamment la parole de 
venté à sa bouche et qui l'avait rempli de sa force et de sa 
grâce , selon ses promesses véridiques lorsqu'il a dit : Ils vous 
conduiront devant les rois et les gouverneurs à cause de moi, mais 
ne soyez pas en souci de ce que vous direz et ne méditez pas; car il 
vous sera donné, en cette heure, ce que vous devez dire, parce que 
ce n est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père parle en 
vous (1) . 

9. Nous mandons à Votre Charité ces quelques mots des 
nombreuses choses qui furent agitées en ce moment, afin que 

tout envahi». Cf. H. Lui ans, dans Mélangée de la Facalti oriental* de 
Beyrouth, 1908, III, 1, p. a6*-Q63.Les Tanoukaïé sont sans doote ces Benon- 
Thenoukh (fils de Tanouk) qui ont convenu avec Khaled, avant 63g, de faire 
défection au milieu du combat, cf. V Arabie, par Noël Duviaeias, Paris, 
Didot, 18*7, p. »35 (d'après Kemal-Eddin, Hietoire fAlep). On comprend 
dès lors comment des «Tanoukaïé» étaient dans le camp «FAmroo. Voir dans 
Michil, Ckrxmùpe, II, 48 1, le martyre des chefs des Taglibites Mo'adh et 
Sam'aHa, vers 709. Chez Bia Hébbaics, Ckron. ecel., II, is3 (cité Pair, orient., 
III, 57) trie* Arabes chrétiens «ont les Taglibites demeurant sous les tente»". 
W Mattk., x, ig-so. 



DU COLLOQUE DO PATRIARCHE JEAlf. - FAITS DIVERS. 2fiS 

vous priiez sans cesse pour nous avec zèle et soin et que tous 
suppliiez le Seigneur afin que , dans ses miséricordes, il visite 
son église et son peuple, et que le Christ donne à cette affaire 
l'issue qui plaît à sa volonté, qu'il aide son église et qu'il 
console son peuple. — Même ceux du concile de Chalcédoine, 
comme nous l'avons dit plus haut, priaient pour le bienheu- 
reux patriarche, parce quil avait parlé pour tout l'ensemble 
des chrétiens et qu'il ne leur avait pas porté préjudice. Ils 
envoyaient constamment près de lui et ils demandaient à sa 
bonté de parler ainsi pour tout l'ensemble et de ne rien sou- 
lever contre eux, car ils connaissaient leur faiblesse et la gran- 
deur du danger (ubSwos) et du péril qui menaçait, si le Sei- 
gneur, selon ses miséricordes, ne visitait pas son Eglise <«. 

10. Priez pour l'illustre émir, pour que Dieu lui donne 
la sagesse et l'éclairé sur ce qui plaît au Seigneur et lui est 
avantageux. — Le bienheureux père de l'ensemble (des chré- 
tiens) et les saints^ pères qui sont avec lui : Abbas Mar 
Thomas, et Mar Sévère, et Mar Sergis^ et Mar Aiulaha^ et 
Mar Jean et toute leur sainte compagnie, et les chefs et les 
fidèles qui sont réunis ici avec nous; et surtout notre cher 

W Toute cette fin montre encore que le colloque a eu lieu en 639, lorsque 
les victoire. arabe, épouyantaient tous les chrétien., car leur, aborde, intes- 
tine, n'ont p.. Urdé à recommencer. De. juin 65 9 U y mit *spute derant 
Moawiah, iDioui, entre le. érèque. j.cobite. Théodore et Sebokt et le» 
moine, chaleédooien. de M.r M*ron,et Moawiah en profilait pour impo«r une 
amende aux Jacobites. Voir F. Nao, Opuscule, mromf, I et II, Pans, i»99 
et iQOo; E. W. Baooas, Chrome* minora, II, Pari., «9« 4 . P- 55 « 
W Ou «le. étêquea», car le mot*-»- leur est .ouYentréeenré. 
w Thoma., Sétère et Sergi. .ont mentionné, dan. la Chronique de Michel, 
t II , p. A. « . eomme formant la suite du patriarche Ath««e prédéce-eur de 
Jean, lorsque an. trouver l'empereur Héractius. II «t naturel qu ib aient ac- 
compagné «m succesMur Jean lorsqu'il «H. trouver Amrou. 

W Nommé évêque de M.rga et de Gomal en 960 (6*9), cf. Mien., Uro- 

nique, II, 4t6, &19. 



364 MARS-AVRIL 1915. 

et sage directeur (l) , protégé du Christ, Mur André, et nous, 
Humbles dans ie Seigneur, nous demandons votre salut et vos 
saintes prières, toujours. 



1 1 . Ensuite fléaux divers qui sont venus tur la terre Tannée 
îoûâdu comput ^Alexandre (j 1 3) et les suivantes; lorsque l'em- 
pire des fils d'fsmaêl tenait le pouvoir et sa domination s'éten- 
dait sur toute la terre, aux jours de Walid, fils de Mélék, fils 
de Merwan, qui régnait à cette époque (Sj , et lorsque Eue, du 
monastère de Gouba-Baraïa , célèbre dans le désert, était 
reconnu patriarche de la foi apostolique des orthodoxes par 
toute la terre de Syrie (3) . 

12. En l'an ioa3 du comput des Grecs (712), le 8 du 
mois d'août, apparut un signe dans le ciel sous la forme d'une 
longue lance dont la pointe (tête) était étendue, élevée du 

-j côté nord; elle regardait et elle était inclinée vers le côté sud. 
Elle était visible, au moment du soir, environ deux heures. 

13. L'an 10a h (712-713), l'année suivante , aux mois de 
décembre à février, il y eut la punition d'une grande maladie 
(safrtâ) sur la terre; beaucoup d'hommes moururent alors sans 
miséricorde. Durant cette punition dont nous avons parlé, 
avant qu'elle eût pris fin, en cette même année, au mois de 
février, le a 8 de ce mois, au matin du mardi, au milieu de la 
nuit (nuit du 37 au a8), il y eut un grand mouvement et 

m Ce aaot nmhk designer on supérieur de monastère, 
« Walid, du 8 octobre 7 o5 • (émet 7 i5; et Mien., Ckrom^ué, II, 678. 
et Eus m Ntsiaa, Cara— f r a s a i* . Agapios place à tort le commencement de «on 
règne l'an 1018 d*Aleiaadre (706-707), frtr. orunUU», VIII, &g8. 

w Élie, patriarche jaeobtte de fan îoao des Grecs (709)4 io35 (7»4); 
cf. Bas Hissaics, Chrm. eecL, I, «97-899. 



pc^r?-- 



m COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAÏl . — FAITS DIVERS. 966 

tremblement <«, au point que les maisons àe* bourgs et les 
églises avec des villes nombreuses et grandes tombèrent sur 
leurs habitants et les tuèrent de manières diverses et terribles : 
il y eut des maisons, des bourgs et des villes qui furent 
engloutis; il y en eut dont les habitants furent étouffés, d'au- 
tres ou ils furent écrasés; dans d'autres, les maisons servirent 
de tombeaui à beaucoup , tandis que d'autres s'échappèrent 
Tout cela arriva selon les justes jugements de Dieu, incom- 
préhensibles et admirables. Cela fut connu surtout par la re- 
nommmée et par le récit qui nous en vint de la part de ceux 
qui allèrent voir dans le pays, c'est-à-dire la région que l'on 
nomme maintenant occidentale, je veux dire la ville dTÀntiocbe 
et le climat de Sidqâ et de Xiout, et tout le rivage de la mer 
et des îles< 5) . Ce mouvement, c'est-à-dire tremblement, dura 
depuis le 08 février jusqu'à l'année 1027 (716), de sorte que 
les habitants des bourgs, des villes et de tous les endroits, 
avec les biens qui leur restaient, passèrent tout ce temps en 
dehors de leurs maisons. Us demeuraient et habitaient dans 
les champs, dans les montagnes, dans les aires, dans jar- 
dins où ils se faisaient des tentes et des huttes; leurs biens 
gisaient sans protection, exposés à l'air, à cause de la crainte 
et du tremblement devant cette punition terrible, amenée à 
cause de nos péchés, — c'est-à-dire des illégalités — sur la 
terre et sur ceux qui y habitent. 

14. Ensuite, lorsque ces deux fléaux redoutables, qui 
marchaient de pair, n'avaient pas encore cessé, c'est-à-dire 

(0 Ct Micaax ta Srait», Chronique, t. M, tred , p. 48i-48», qui donne la 
même date.— Le a8 faner ^lZ tombait bien on mardi. Agapiot, P. 0., VIII, 
5oo, rapporte ee tremblement de terre i la 7 « année de Walid; Tbéopbane 
donne correctement le a 8 du mois Péritioa de la 8' année de WaKd ( 7 ia-7t3). 

W Lire peut-être lUl^, «non il faudrait traduire «et Ga«en». Michel écrit : 
«U région d'Anlioehe, d'Alep et de Qennearin». 



■ ■ï 



260 MAflS 



-AVfllL 191 



n'avaient pas pris fin, Dieu envoya encore sur la terre un 
troisième fléau, celui qui est encore appelé peste bubonique 
(sar'outâ); dans les pays divers, on ensevelissait les hommes 
sans miséricorde et sans nombre. 



15. En sus du fléau mentionné maintenant, Dieu envoya 
encore sur la terre la privation de la pluie et les sauterelles 
qui détruisirent les vignes, les racines et les plantes et tout ce 
qui a été fait et établi par Dieu peur sustenter les hommes. 

16. De plus, le ao du mois de mai, le samedi f,) , il y eut 
un ouragan violent au point que les arbres furent déracinés, 
les maisons tombèrent et les hommes purent à peine se tenir 
debout sur la terre. 



17. Après cela il y eut par endroits une grêle violente 
qui frappa les vignes et les plantes (2) ; afin que, par ces fléaux 
divers, effrayants, redoutables et insupportables, par toutes 
ces choses qui arrivaient en même temps, les survivants qui 
avaient péché fussent réprimandés et effrayés, qu'ils se repen- 
tissent de leurs péchés et qu'ils redoutassent ce qui est écrit : 
car le Christ, le Verbe de Dieu le Père, a dit aussi au peuple 
stupide et au cœur dur des Juifs : Pensez-vous, a-t-jt dit, qué^ 
ceux sur lesquels la tour de Stloé s'écroula étaient plus pécheurs 
que vous? En vérité, je vous le (Us, si vous ne faites pas pénitence , 
vous périrez comme eux (3) . 



{:) Le ao mai 716 est un samedi. Michel ne donne pas le quantième du 
mois. 

(,) Au lien de la grêle, Michel mentionne ici une forte irel«V en avril ina5 

<7«4)- 

(3) Luc, xni, 4. 



m* COLLOQUE DU PATRIARCHE JEAN. - FAITS DIVERS. «S7 
18. Ensuite, en Tannée ioa6 (7i5), au mois de février, 
le roi Walid mourut; il eut pour successeur au pouvoir son 
frère Soliman <», qui jugea, soumit, dépouilla les satrapes, les 
chefs et les banquiers (2) qui étaient sous sa main; il en tira 
beaucoup d'or et d'argent. Il réunit aussi tous les trésors des 
Sarrasins, les accumula et les plaça dans un trésor public dans 
la ville de Jérusalem, qui est, à ce qu'on dit, au milieu de la 
terre. 

19. Après cela, en l'an ioa6 (715), au mois d'avril, 
le 97 , il y eut une pluie ou plutôt une grêle violente et redou- 
table,' au point quelle tua et quelle étouffa des troupeaux de 
petit bétail en nombre considérable dans l'inondation qu'elle 
produisit A cette même occasion , des hommes aussi périrent 
avec des troupeaux de chameaux et d'ânes. 

20. Ensuite, en l'année Toq 7 (716), le ao avril, un 
lundi, il y eut une grêle violente et redoutable au point que 
des plantes et des semences périrent ainsi que des oiseaux en 
grand nombre. 

(0 Ou Sulôman. Il inaugura «n règne le s* février 7i5, d'après la 
Chronographie d'Élie de Niaibe. 



*• MARS-AVRIL 1915. 

II 

APPENDICE. 
1' SUR LE PATRIARCHE JEAN I. 

2 " S ^-« M ! DIAL()GlJE DU CATHOLIQUE (PATRIARCHE NES- 
TORIEN) AVEC LE CHEF DES MAGES". 

3" SUR UN DIPLÔME DONNÉ PAR OMAR À L'ÉVEQUE DU 
TOUR ABDIN. va L 

1° Jean était le disciple du patriarche précédent Athanase 
(»ic pseudo Denys,trad. Chabot, p. 7. Michel le Syrien, Chron., 
H, 4i 9 , et Bar Hébraeus, Chron. eccl., I, 376); il est donc 
peut-être ce Jean, synceUe d'Athanase, qui avait été chargé 
d'une mission à la cour de Perse et avait réussi, à cette occa^ 
sion, à rattacher de nouveau le couvent de Mar Mattai et 
l'Orient au siège d'Antioche,cf. Michel, Chron., II, lx t k-lx 1 7 <»>. 
Ceci aurait eu lieu, d'après Élie de Nisibe, Tan 3 des Arabes 
(6a A à 6a5 de notre ère). D'après Michel (II, à 19), suivi par 
Bar Hébraeus (Chron. eccl., I, 377) et d'après Élie de Nisibe, 
Jean a été fait patriarche l'an 9/» a des Grecs (oct. 63 o à 63 1) 
ou l'an 10 des Arabes (9 avril 63 1 au 38 mars 63a), c'est- 
à-dire entre avril et octobre 63 1 ; on peut même fixer son ordi- 
nation à septembre 63 1 (qui appartenait à l'année 96 3 , ind.V, 
des Grecs, car son prédécesseur était mort le 36 juillet 9Z4 J 
(63 1), cf. Brooks r Chron. minora, Paris 190/4, p. 113. C'est 
donc àjort que Jacques d'Édesse (trad. Brooks, Chron. minora, 
pars a*", Paris, 1905, p. s5i ) mentionne son élection en face 
de l'an 5 de Mahomet, 16 d'Héraclius, 36 de Khosrau ou 
6a5 de notre ère. Sa mort est arrivée le i/i décembre 960 

<" Bai Hihaius, Ibid., II, uo, n'emploie pas le moUsvneelle», mais •dis- 
ciple». Il écrit: «Le patriarche Athanase envoya son discipie Jean, diacre du 
village de Beil-'Elaïa, près du roi des Perses, pour des raisons particulières « 



m COLLOQUE DO PATIKIABCHE JEAN. — FAITS DIYEBS. » 

(648), d'après Michel (II, 463) et Bar Hébraeus (1, 380). Le 
pseudo Denys place sa mort en 961 (oct 64 9 à 65o). Il avait 
été élevé au monastère d'Eusébona et y avait sans doute puisé 
des goûts littéraires, car il a composé des pièces rythmées, 
connues sous le nom de Séàrm, «roi sont récitées dans les offices 
et qui lui ont donné leur nom, puisque ce patriarche est 
nommé /«m in Sédns. Dans la plupart des livres d'office, par 
exemple les manuscrits syriaques de Paris 167 et 169, les 
noms des auteurs des Sédnu ne sont pas donnés. Par un heu- 
reux hasard, le manuscrit 76 a mis le nom de Jean en face de 
trois d'entre eux. 

i° Fol. 1391" à i3or°: 



x - -t*-* V 000, - Jî «r^t |tQ ^ ■ * "" l 1 *-^» i^t 

s^-t Jid JL-j-— T )o*IaoL ~e»of?| { ^ t inino 

Desinit : 



Sérfra : Dieu saint, et qui demeure dans les saints, qui saeerdotahse 
les prêtres, et qni sanctifie les saints, toi qui as octroyé à tes ardùpriftrts 
et à tes prêtres d'être élevés et proches de toi pour qu'ils consacrent et 
sanctifient les mystères admirables de ton Fils unique 

Detimt : Nous l'adressons la louange ainsi qu'à ton F3s chéri et à 
ton Esprit vivant et saint 

Voici les incipit et desinit des deux autres : 
a Fol. i36r°à 1371*: 
|U~^ cà»^fc.o ]Laa*d |lu~to ba*, 09 m |o& .|na» 



370 MARS-AVRIL 1915. 

Démit : 



» J<^> U, ■ s. .h-*!* |U.|« JLam. Il» ^o 



3* Fol. tllè-tà-j : 



Desinit : 



On remarquera que tous trois commencent par les mêmes 
mots m|«1. Ce sont en somme de bonnes proies avec de 
nombreuses assonances composées pour une récitation ryth- 
mée M. Leur auteur nous est sympathique, c'était sans doute 
le vir bonus dicendi peritus des Romains, mais il s'est illusionné 
lorsqu'il a cru avoir intérêt à pactiser avec les Arabes. 

On attribue encore à Jean I une liturgie conservée dans un 
manuscrit de Berlin , Saehau i85 , 6, cf. Wright, Syriae Utcra- 
ture, Londres, 189/î, p. 189. De nombreui canons ecclésias- 
tiques du «patriarche Jean* sont aussi cités par Bar Hébraeus, 
Nomoctmtm, Paris, 1898, éd. Bedjan. Nous les avons traduits 
dans Les canons et les résolutions canoniques de Rabouâla, Jean de 
Telia, etc., Paris, 1906, p. 8t, 96 à 97 (ancienne littérature 
canonique syriaque, fasc. a). Comme l'un de ces canons se 
rapporte à Jean III (846 à 873), nous lui avons rapporté le 



(«) 



Le manuscrit syriaque de Pari» n* 37a écrit par Sergius do Tour 
'Abdin, fol. 173 v*, 189, renferme près de 634 tidnu numéroté», et les noms 
des auteurs sont mis en face d'une vingtaine. Le nom du patriarche Jean 
se trouve encore en face de deux (so5, «88 1') qui commencent aussi par 



ON COUOQOK M> PATOAHOB «AH. - M» ""■»■ ** "" 
tout, ce qui n'est pu certain. Quelques-un. de m .eW «o* 
emprunté, à «la lettre du vénéwble et sùnt MwSétere, éteque 
et svncelle de l'honore de Dieu, Mar Jean, patnarehe, 4 1W 
de «s amis », qui est contenue dans le manuscrit de Cambridge 
Add. 3 o.3, xi* siècle, fol. 2 5a r»- a 54. Sévère écrit sur 
l'ordre de Jean, mais nous ne savons pas quel est ce «Jean 
patriarche». La lettre se trouve entre une «talion de Jean de 
Telia (t 538) et une de Jacques d'Edesse (t 708), et pourrait 
donc être rapportée a Jean l, puisque Jean II était palnarche 
de 7ao i 760. Le même manuscrit renferme encore un toaité 
en t » » sections sur les héritage., foL . V à «3 , sous le Utre : 
«Divisions des héritages.qui ont été réunie, et mises en ordre, 
selon les canons ecclésiastiques, par Mar Jean, patnarehe, que sa 
mémoire soit en bénédiction!» Cf. W.WnghtandS^. Uok, 
A Cou**** 0/ the Spiac «m., praerted « the Wrary 0/ «te 
tt^Tcambridge, ,50, , p. 6o.-6o3. L'analyse donnée 
dans le catalogue ne permet pas de d,re avec certitude quel 
est ce patriarche Jean, mais du moins n'exclut pas Jean I car 
on n'y mentionne que des citations de saint Ephrem et de 
saint Cyrille, qoi lui sont antérieurs. Mentionnons que la sec- 
tion 36 a pour titre : «Comment le mari hérite de la femme 
et la femme du mari». On trouve à la suite dans le manuscrit 
des extraite «des canons, des lois et des ordonnances des chré- 
tiens ». Tout cela répond à la question d'Amrou et à la réponse 
de Jean; on peut donc se demander, jusqu'à plus ample in- 
formé, si ce traité des héritages n'a pas été écrit par Jean I, 
à la suite du colloque. 

a - Le manuscrit nestorien .yriaqne Add. 7 aoo du Britidi 
Muséum, du xir* ou du xur* siècle, "*■"•."•"'•*? 
„/• a dialogue betuxen the Catholicu» and A» chu,/ of the Magi, 

cf. Wright, Catalogue ofyr- —•> Londreï ' '*!?' * "°Z' 
n« lix. Nous avions espéré que ce dialogue entre le patriarche 



373 MARS- AVRIL 1915. 

un intérêt analogue à celai du colloque de Jean et d'Amrou , 
mais nous avons trouvé depuis que c'est un feuillet de l'histoire 
de Mar Aba (t 55a ), déjà éditée par le R. P. Bedjan , Histoire 
de Mar Jabalaha, de trois autres patriarcket, d'un prêtre et de 
deux autres laïques nestoriens, Paris, 1 895. Notre fragment com- 
mence page 9 33 — ■■ !> ■! I» et se termine page a 3 7. Nous 
signalons cette identification pour que d'autres ne perdent pas 
de temps à la faire. Les mages reprochent à Mar Aha de juger 
les différends qui se produisent entre les chrétiens et d'em- 
piéter ainsi sur leurs privilèges, et de ne pas obéir au roi. Le 
résumé de la discussion est d'ailleurs édité en arabe et traduit 
en français dans Patr. orientaUs, t. VII, p. 16A (,) . 

3° Nous avons résumé l'histoire de Gabriel (593 à 667 
de notre ère), évéque du Tour 'Abdin, dans les Actes du 
XIV* Congrès international des orientalistes , t. II, Paris, 1906, 
p. 55-67. Nous avons écrit, p. 68 : «Nous sommes conduit à 
placer l'ordination de Gabriel en 629. Il avait alors trente- 
six ans. Plus tard, il descendit à GozartA près du calife Omar 
ibn Hattab. » Cette visite à Omar, qui nous intéressait peu en 
1906, mérite aujourd'hui d'être placée à côté du colloque de 
Jean et d'Amrou. Il est regrettable que l'histoire de Gabriel 
présente quelques anachronismes qui la rendent suspecte. Il 
est possible qu'elle ait été' composée du i\ a au x" siècle, après 
le pillage du monastère rapporté par Bar Hébraeus, Chron. 
syr., éd. Bedjan, p. iâ&, vers l'an 83 o, lorsqu'on a voulu 
reconstituer l'histoire du monastère. Il est possible aussi cepen- 
dant que le scribe consigne des traditions beaucoup plus 
anciennes. Il est intéressant, par exemple, de voir qu'il est 
nestorien (le catholique) et le chef des Mages pourrait offrir 

(| ) Au Keu du nom propre TrM, Dindad, Bedjan, p. a34 , 1. 8, notre copie 
porte ?!*•?? DtuUnmdad; M. Btochet nous apprend que la première leçon est la 
meilleure. 



UN COLLOQUE DU PATRIARCHE JRA*. - FAITS DIVERS, îJS 
question des croix et des processions. On pourrait croire que 
les moines du Tour < Abdin > après itoir owert leur pnys «ni 
Arabes, ont réclamé contre les mesures d'ÀmrouM. D est inté- 
ressant aussi de voir que Fétéque du Tour 'Àbdin prétend 
tenir d'Omar «pouvoir sur le Tour 'Abdin jusqu'à Babel», 
car c'était bien la prétention de ces évéques dès le temps du 
patriarche Sévère bar Moiqâ (668 à 680); ils voulaient or- 
donner eux-mêmes les évêques de Mésopotamie, cf. Michel, 
Ckrmtque, H, à 56, et ont causé plusieurs schismes. Bar Hé- 
braeus résume notre histoire, On». «**., 1, ta» (y compris 
son anachronisme )<*>, sans s'inscrire en faux contre eue : «Ga- 
briel, archimandrite de Qartamin, fut consacré évèque en 9 65 
des Grecs (654); il descendit près d'Omar bar *attab< 3 >, roi 
des Arabes, lorsqu'il était à Gexirta de Beit Zabdê, et il 
obtint un diplôme (Stgillôn) [avec] pouvoir *ur le peuple des 

chrétiens. » 

C'est le résumé de l'incident que nous allons transcrire et 
traduire. Puisque Bar Hébraeus l'a regardé comme authen- 
tique, il est certain qu'il a influé — vrai ou supposé — sur 
les destinées du Tour 'Abdin, et il mérite d'être édité. On le 

(■> Voici ce que «conte Mien, Ort***., H , 43. : «A celte époque, Amrou, 
émir de. Tei^é., défendit que le* croit parurent, même .«x fête. et«x 
roRition». Ola réjouit les Juif, et ils *e imrentà enlever te» croix de. égtoe.. 
Alors un chrétien connu de Ternir, *oy«nt un Juif qui cour.it dessus de 
l'étf» de SwnWeen-B.pti.te (à D.n«.) pour en •"•*» «• «■; mi 
enLnuné de sèle, ab trouter Amrou et lui dit : «0 émir jurtel il n ert p.. 
ajuste que tu permette. «1 Juifc de tourner no. mystères t***™*» *™ 
Dieu .™t ch^é «mœur, ildit : «Je n* p-preomt d .mener le. croa, .1 
*ce nVstcette. qui»ont niwquée. «Un. le. me., tur les mur.. . . »Upre*nption 
tomb. en désuétude, les chrétien, recommencèrent à porter le. icrmr .ux 
nation», .m fête, et .ai enterrement* Cepembnt, à fimfce et *]***< * 
Zt j-rn^en cette f«dté depub on. cel édit fut porté P*^^" 
m Le nMnittcrit de Londres, ML 17»**. «* du ni * ***** ce*è-dire 

contemporain de IUr Hébraeus. . , f . 

(«Moteur • traduit «d -*m (h-oM&r (***, et.comjém leetare, 

/W., 1, 9 »3. 



18 

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JM 1UHS-AVBU l»t5. 

épater. .« condition, pin. dore. ^^.^£™ 
ÏZ»U de Jeroadem. (Ube.o, BuUnre * ba. E^, 

urm, 47.) 



TMTI SYBUQUI 



(»). 







K . IL 







« M— » ^ P.H. »• 3,5 fol » ^- ^^T^ 
■— «riH.1-*-. AM. .7.».* ™ "2iS^ W-ï**-. 

(i 8M)w. •« »-y gy ,ai.Ji .C. \*» «l P«*«» «•'•»-» *- 

ruinée qui e* s 1 76 d»Gwtt (»«>&). U ."P^ .. «Ut être donc h» +* 
\^**rl*™& U <*•»* da nun»Knt, fol 61 *-d«tetre J- 

ou «190 d« Grec» (1879). 



VU COLLOQOE DO PATHUBCHB «*». - ""» Wn>& ** 

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--I ç-^j» Vso |A^. -> i \ ** «»** H» *••*■ 



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18. 



2? 6 MARS-AVRIL 1915. 

JL*« loo^o : M^U-t loo^ v ~l £ft *^~ 

jU-~d «w*^. y*** o^a-po |»«o«? l*fc» (fol. toa) 

»«o>àfc o*ïot lo^ll t^a-. .-cio^j |*oa-.* c*> oca-t 
U«» Hr^o luulo i-*a*> <*> .0*0* *^î 



TEADUCT10H. 



En Tannée 9 65 des Grecs (656, lire : 6a 9 )^ — en 
laquelle les Perses sortirent de la Mésopotamie et Héraciius 
vint a Edesse — Saint Mar Gabriel fut consacré évêque, par 
le patriarche Athanase, dans le monastère de Mar Jacques qui 
est sur la montagne de Qôrôs. Et plus tard, en (son) temps, 
saint Mar Gabriel alla près du caUfe. des rlanféh «, qui est 

(«) Nous avons fait remarquer, nr' Congre» d»* OrienlaUtU; Alger, t. II, 
1906, p. lia, qu'on trouve aussi la date 960 ou -j, et qu'en lisant »j ou 
q4o (6sq) on satisfait à tou» les synchronisme*. 

m On Ut au foUo ia 7 y' que Simon de Zaité, en fan 707, «rbatit un ora- 
toire pour les H.nfé, &*^> |U*j ^ U*, »°™que >* ««uscrit de Londres 
Add. » 7 a6& porte : «il bâtit la mosquée qui est au sud de 1 église (de Mar 
Théodore à Nisibe), oratoire pour lea Arabes XLpi ^-l *»t IfV"^ **** 
)-jl^ ito^, l^. Ainsi, dans le manuscrit de Paris, Hanfô, dont le sens 
pZ* «tYpaïen», désigne quelquefois les Arabe,. - Cette ^^°»?J 
a '«5lcurs racontée en déUil, lbid.;m». 3 7 5,fol. 176. l**T MJ <V|>o o^U 



V 



m COUOQCE DO PATBIABCHE «AN. - FATÎS DITIBS^ TTI 
'Omar bar Kattab, à la ville de Gexirta, et (cdm-«) le reçut 
avec grande joie. Lorsque eut demeuré un peu pria de lui, fl 
demanda au calife son sceau sur parchemin (au sujet) de* 
canons et au sujet des lois des Syriens, et au sujet des cloche» 
cl au sujet des processions qu'il» font aux fêtes du Seigneur et 
au sujet des croix»', (pour savoir) s'ils seront empêchés, et sur 
les églises («etlesmonasteres.etausiyt des prêtre» et des dia- 
cres pour qu'ils ne fussent pas soumis au tribut, et au sujet de» 
moines pourqu'ils fussent libre» de dire des anlienm» (ma moto) 
devant les mort» en sortant de la maison pour le» accompa- 
gner, et de dire de» antienne» et des hymne, devant les (cha- 
pelle» des) martyr» et devant l'évèque lorsqu'il va visiter »on 
troupeau'», et tout ce qu'il» voudraient selon leur» coutume», 
de sorte que personne ne le» veiât et qu'ils ne fussent pas 

privés de leurs lois. . 

Et le calife se réjouit à l'arrivée de Saint Mar Gabriel et d 
lui donna sa signature pour qu'il bâtit de» égli»e» et de. mo- 
nastère» comme il le voudrait, et il lui donna pouvoir depuis 
le Tour «Abdin jusqu'à Babel, et il l'honora beaucoup, parce 
que Mar Gabriel était du parti de» Arabe»'", et lorsquds vin- 



V 



. — ,tJLl» pour honorer I. roi d» T.*.,* «t « ««eata te» ■ «»«. 
(Simon do Z»té) bétit («« 7 o8). . e«é d. Térf», d. TM«k™4 N^O, 
une mo-inee Rrwwte el belle et il l'on» «ee »u> et d nul » UNe etarjta 

l«nu, d« r^to, - «l U «Uar.it loa, I. T.i m i . ta P.qd»* «♦"« B" h ' t " 

^ u'Un^rit . m» .d» jeûne.» , -A '« I— «• P""* I - " ,reU " 
plus loin porte «de» eroff» ii-^J- 

potitein en eh»nUiit de» IftJwfc. et de» |" 
W Utt. : f voulut pour les Arabes.» 



778 MARS-AVRIL 1915. 

rent dans ce pays, il les fit dominer sur lui et il fit disparaître 
de ces lieux les Romains mauvais. Et 'Omar savait que saint 
Mar Gabriel était un élu de Dieu et que sa prière était enten- 
due de Dieu : — tout ce qu'il demandait au Seigneur, Il le lui 
donnait, — et il agréa ses paroles et il vint avec lui en ce pays, 
et il le lui soumit et il dit au saint : « Demande tout ce que tu 
veux. * Et il lui demanda la pitié pour tous les Syriens, pour 
les églises et pour les monastères, et surtout pour son monas- 
tère. Et il lui donna un écrit signé de lui, et voilà qu'il sub- 
siste jusque maintenant, et il y était écrit que les prêtres et les 
diacres ne payeraient pas tribut et que le cultivateur riche 
(chaque) homme donnerait quatre zouzèt'^K II ordonna encore 
dans son écrit que si l'un des Hanfts (païens= arabes) trouvait 
un Syrien dans la montagne ou sur la route, il irait avec lui 
jusqu'à sa maison; et s'il en voyait un qui dormait dans la 
montagne ou dans la vigne ou dans un champ, il demeurerait 
près de lui et le protégerait jusqu'à sa maison (2) . 11 fit encore 
beaucoup d'ordonnances sur les orphelins, les pauvres et les 
veuves pour qu'on eût pitié d'eux , et pour les choses de l'église 
et les fêtes : lorsqu'on sort au temps des funérailles et qu'on 
fait procession (3) , à la fête des Rameaux et au vendredi de la 
Crucifixion et à la fête de la Résurrection , quand on sort avec 
des croix et que les prêtres et les diacres revêtent leurs orne- 
ments, pour que personne ne les en empêchât. «Et quiconque 
leur nuira tombera sous la malédiction : il sera (livré) ici 
(-bas) au jugement et aux coups, et là (-haut) à la géhenne et 
au supplice, parce qu'il a foulé aux pieds notre commande- 
ment et le commandement du prophète de Dieu Mahomet. » Et 



M Mahomet avait imposé quatre zonté» aux pauvres, mais douxe aux mar- 
chands et aux riches, cf. Bab Hsibaics, Chron. «ce/., II, 116-118. 

W Cela signifie peut-être que Gabriel a demandé la protection des Arabes 
contre les Kurdes. 

W )tf de if ou i«y etreummt. Cf. l'arabe (jt^> «procession». 



Ufl COLLOQUE DO PATRIARCHE JEAN. - FAITS DIVERS. 279 
ensuite Mar Gabriel prit récrit (portant) ces ordres, il le reçut 
et retourna avec grande joie à son monastère, en priant pour 
'Omar; et il remercia Dieu qui lui avait fait trouver miséri- 
corde près de lui. Gloire à Dieu! lequel eialte les serviteurs 
qui honorent son nom. A lui gloire, honneur et adoration, 
maintenant et toujours, dansées siècles des siècles! Amen. 



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